Le Drummers Collective, une école à New York

John Castellano, directeur du Drummers Collective de New York City, une des sections du Collective école qui accueille par ailleurs la basse, la guitare, le piano, a reçu Bernard Zielinski, spécialiste de la batterie et membre de la commission de musiques actuelles de la CMF.
John Castellano, passionné par son travail, source intarissable d’informations d’une grande richesse a répondu à ses questions en toute sincérité. Il nous parle de son école et de sa philosophie de l’enseignement de la batterie.


Bernard Zielinski : Pouvez-vous nous retracer brièvement l’historique du Collective ?
John Castellano : Le Drummers Collective a été fondé en 1977 par un groupe de batteurs professionnels puis l'école a été rachetée en 1980 par Rob Wallis et Paul Siegel, producteurs de DCI Video. En 1989, alors que j’avais ma propre école, je suis venu au Drummers Collective avec qui je me suis associé.

B. Z. : À l’origine, quelle était l’idée première du Collective ?
J. C. : L’enseignement devait être fait par des batteurs professionnels. L’idée était donc de proposer des cours par un corps enseignant composé uniquement de batteurs professionnels par le désir d’enseigner. Modèles, les professeurs sont à la fois joueurs et instructeurs. Ils doivent avoir aussi les qualités suivantes : une attitude positive et le désir de transmettre leur savoir et communiquer ce qui est leur passion ; les capacités et l’expérience professionnelles. Ils doivent avoir aussi le sens de l’organisation, l’habitude de s’exprimer et d’expliquer.

B. Z. : De quelle manière recrutez-vous vos professeurs ?
J. C. : Je reçois beaucoup de CV de batteurs qui désirent enseigner au Collective. Pour l’ouverture d’une classe, je réunis le corps enseignant et le choix du meilleur professeur se fait ensemble.

B. Z. : Pouvez-vous nous présenter votre programme d’enseignement ?
J. C. : L’objectif du Collective est de préparer les élèves à gagner leur vie grâce et avec la musique. La vocation de l’école est donc de préparer des batteurs professionnels. Nous avons plusieurs sessions avec un cursus précis qui va du programme de cinq jours intensifs, en passant par celui d’un semestre (qui correspond, en fait, à dix semaines) et une formation complète sur deux ans.

B. Z. : Comment et sur quels critères avez-vous élaboré votre programme pédagogique ?
J. C. : Notre programme repose sur cinq critères fondamentaux qui sont la technique, la musicianship, le style, le Professional Studies et le New York City.
La technique correspond à la capacité de répondre comme musicien. Il faut agir de façon correcte et adaptée aux autres musiciens et dialoguer de façon convenable.
La musicianship est la capacité du musicien à s’exprimer liée à l’écoute, l’oreille permettant d’entendre et de comprendre les choses.
Le style fait la réputation du Collective. L’école en propose seize différents aux étudiants.
Le Professional Studies est la simulation d’une mise en situation professionnelle, comme par exemple, le face à face avec un producteur lors d’un enregistrement.
New York City est le fait d’être à New York et d’en retirer l’expérience.
C’est le passage obligatoire car on y trouve tous les styles.

B. Z. : L’acquisition d’une technique solide est-elle une priorité de votre enseignement ?
J. C. : La technique n’est pas un but mais un moyen. C’est la faculté de répondre à la demande de la musique dans une situation donnée. Souvent, il faut “déprogrammer“ les étudiants qui jouent pour eux-mêmes. Il faut leur dire et leur faire comprendre de jouer avec les autres et par rapport à ce que demande la musique. Il n’y a pas de cours pour les solos car ce n’est pas le but de l’école.

B. Z. : Comment les étudiants peuvent-ils acquérir la connaissance et la culture des différents styles musicaux ?
J. C. : L’enseignement de chacun des styles est assuré par un batteur issu du style qu’il enseigne. L’étude est basée sur l’analyse, la bibliographie, une discographie que les élèves doivent écouter, le play along (play back) et le jeu en groupe.
L’aspect positif de l’école est que l’étudiant trouve la réponse à tous les styles sur place car les professeurs sont là pour communiquer l’information. Quoique l’environnement de l’école soit artificiel, on doit pouvoir communiquer l’information la plus “pure” possible.

B. Z. : Les master classes ont une importance particulière dans le cursus d’un étudiant. De par, leurs compétences et leurs styles musicaux, les artistes intervenant au sein de votre école, ont-ils une influence dans l'enseignement dispensé ?
J. C. : La fonction première d’une master classe est d’inspirer et de motiver les élèves. Le but n’est pas seulement de recevoir un batteur célèbre mais, d’avoir un batteur qui sait expliquer. On peut avoir un batteur qui n’est pas très connu mais qui sait expliquer et inspirer. La master classe est donc une source d’inspiration mais ce n’est pas la partie la plus importante dans le programme scolaire.

B. Z. : Quels sont les grands maîtres de la batterie que vous avez invités ?
J. C. : Il y a eu David Garibaldi, Steve Gadd, Dave Weckl, Peter Erskine, Dennis Chambers, Steve Smith, Jim Chapin, Louie Bellson…

B. Z. : Certains batteurs conseillent aux jeunes élèves de ne pas prendre de cours, mais d’apprendre en écoutant des disques et en jouant par-dessus. Que pensez-vous de ces affirmations ?
J. C. : Je ne suis pas d’accord... Ces personnes disent cela pour la simple raison qu’elles ont appris de cette manière, mais ce n’est pas forcément valable pour tout le monde.

B. Z. : Selon vous, qu’est-ce qu’un professeur idéal ?
J. C. : Le professeur idéal doit être un grand batteur qui joue bien et qui doit être capable d’expliquer et transmettre son savoir. Il ne suffit pas de dire : “joue comme moi”, il faut savoir expliquer.

B. Z. : Vos étudiants sont évalués à la fin de leur scolarité. Comment se fait ce contrôle des connaissances ?
J. C. : Cela dépend du cursus suivi. Par exemple, pour le style, l’étudiant ne sait pas à l’avance celui qu’il devra jouer. Le jour de l’examen, il découvre son programme. Le professeur lui dit de jouer tel groove, tel style…

B. Z. : Tenez-vous compte des observations formulées par vos étudiants ?
J. C. : À la fin de chaque cours, les élèves donnent leurs opinions sur le déroulement du cours. Les remarques, les observations ainsi apportées sont importantes pour l’école. Si les mêmes critiques sont formulées par plusieurs élèves, cela me permet de me rendre compte d’un problème. Ces remarques sont importantes pour l’amélioration des cours.

B. Z. : Qui peut s’inscrire au Drummers Collective ?
J. C. : L’école est ouverte à tous. Il y a cinq niveaux. Pour le premier (beginners), il faut tout de même avoir quelques connaissances. Par exemple, pour un enfant qui aurait reçu des baguettes à son anniversaire et qui voudrait s’inscrire, malheureusement je ne peux rien pour lui...

B. Z. : Quels conseils donnez-vous aux nouveaux étudiants inscrits ?
J. C. : Je connais chaque élève que je reçois au début et à la fin de chaque session. D’entrée, je leur conseille de laisser leur ego à la porte. En tant qu’élève, c’est à lui de comprendre et de savoir ce qu’il doit faire en dehors de la classe.

B. Z. : Le Drummers Collective a une réputation mondiale. D’après vous, pour quelles raisons ?
J. C. : Le “world of mouth“, le bouche à oreille, en est la principale raison. Un étudiant qui retourne chez lui en parlel'honnêteté de l’école.

B. Z. : De quels pays viennent les étudiants ?
J. C. : Le Collective a accueilli des étudiants d’une quarantaine de pays comme la Suisse, la France, les Pays-Bas, le Danemark, la Grèce, le Japon, le Chili, le Brésil, la Jamaïque, le Mexique…

B. Z. : Parlons maintenant du coût des études. Quel est le prix de la formation pour chaque session ?
J. C. : La formation de cinq jours intensifs est de 670 dollars. Le coût d’un semestre (dix semaines de cours) est compris entre 4600 et 6200 dollars. Pour la formation complète de deux ans, le tarif est de 37 000 dollars (pour information, un dollar équivaut à 0,85 euros).

B. Z. : En deux mots, Aymeric, comment et pourquoi es-tu venu étudier au Drummers Collective ?
A. W. : C’est Julie Saury, fille de Maxime Saury qui m’a fait connaître l’école. Je suis venu aux sources, aux racines et surtout pour voir ce qui se passe dans cette ville.

B. Z. : As-tu été auditionné à ton arrivée ?
A. W. : John Castellano m’a auditionné. En France, j’avais travaillé avec Yvano Latuca qui m’a beaucoup appris musicalement et techniquement et je suis arrivé à l’école avec une formation solide. Par exemple, je connaissais la technique Moeller.

B. Z. : Quelle est la principale formalité administrative à accomplir pour suivre ces cours à New York ?
A. W. : La plus importante est celle du visa assez difficile à obtenir avec les événements actuels.

B. Z. : Pour conclure cet entretien John, Que pensez-vous des ouvrages français ?
J. C. : Ici, les Éditions Leduc sont très célèbres. L’idée piano/batterie est très intéressante. Je suis toujours à la recherche de ce genre de morceaux, de même pour les ensembles de plusieurs batteries.
Je remercie John Castellano de son chaleureux accueil. Un grand merci aussi à mon ami guitariste new yorkais, Pierre Kahn, pour sa précieuse collaboration.

The Collective, 541 Avenue of the Americas,
New York, NY 10011, Tél.: 001 212 741 0091
Fax : 001 212 604 0760 ; E-mail : collective@thecoll.com
www.thecollectivenyc.com

n° 512 juin 2004 copyright © 2004 cmfdiffusion _ www.cmfjournal.org

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