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La guitare basse
électrique instrument de musique amplifiée,
dérivée de la contrebasse est apparue tardivement
dans l’histoire du jazz et depuis ne cesse d’évoluer.
Comme la guitare électrique cet instrument fut conçu
pour palier le manque de puissance exigée par rapport
à la musique rock et aussi à cause de l’encombrement
de la contrebasse. En effet si la contrebasse est extraordinaire
pour le classique et le jazz, la basse du fait de sa puissance
s’impose pour le rock en roll, musique plus pulsive.
Plus grave que la guitare, elle s’impose aussi par rapport
à la batterie de plus en plus puissante.
A l’heure actuelle la guitare basse électrique
est sur toutes les scènes et l’apprentissage
des différentes techniques et styles est incontournable
pour une bonne approche de l’instrument, telle est la
doctrine de Francis Darizcuren, spécialiste en la matière
et membre de la commission de musique amplifiée à
la CMF.
JCMF : Violoniste
de formation comment vous êtes vous intéressé
à la basse électrique ?
Francis Darizcuren : J’ai toujours aimé mélanger
les genres. A l’époque, la basse électrique
n’était pas très répandue pour
accompagner les chanteurs. Par ailleurs, les prises de son
n’étant pas aussi performantes qu’aujourd’hui,
il fallait la contrebasse pour donner la rondeur et la guitare
basse pour donner la pulsion. Mais, avec l’arrivée
de Richard Antony, Sylvie Vartan, Françoise Hardy,
Johnny Halliday que j’ai accompagnés, le besoin
a été réel...
J.CMF : Vous
avez été aussi musicien à la Garde Républicaine...
F. D :
Oui, je suis entré à l’orchestre en 1974
en tant que violoniste et resté 25 ans tout en poursuivant
mon travail dans la variété avec Michel Legrand
à la basse électrique. J’avais en sorte
deux métiers... A l’époque j’ai
repris l’enseignement mais à la basse et j’ai
écrit ma première méthode.
J.CMF : D’où
vous est venu ce goût pour l’enseignement ?
F. D :
Mon père dans les années 50 était un
pédagogue très averti. Vivant à Bayonne,
on venait le voir de Toulouse, Bordeaux et Nantes... Comme
il était occupé le soir comme chef d’orchestre
au casino de Biarritz et donnait des cours la journée,
il était débordé et quand j’ai
obtenu mon prix d’excellence à 16 ans, j’ai
eu de suite une vingtaine d’élèves.
J.CMF : Vous
êtes « tombé » dans le bain ...
F. D : Oui, parce que j’avais un bon exemple avec mon
père. Ensuite je suis monté à Paris,
avec l’idée de faire une carrière et j’ai
laissé un temps l’enseignement pour suivre les
artistes en tournée, faire des disques... tout en menant
de front une activité de violoniste et de bassiste.
J.CMF : La basse
électrique a substitué la contrebasse, pour
en jouer faut-il être contrebassiste ou guitariste?
F. D : On peut être guitariste en sachant que le bassiste
est un accompagnateur au service du soliste tout comme le
batteur, pour assurer le groove ou la wookie ou contrebassiste.
En effet les instruments ont une grande similitude : même
ligne, même tessiture, même clef de fa et des
écarts moins importants pour la basse.
J.CMF : L’instrument
est difficile ?
F. D : Pour celui qui commence directement à la basse,
ce n’est pas si facile Nombreux pensent que l’on
peut y arriver en 3 mois. Ce n’est pas le cas. Il faut
compter, en travaillant une à deux heures par jour,
trois ans de formation. Par contre pour quelqu’un qui
aurait une culture musicale préliminaire, la technique
des doigts y étant, c’est une question d’esprit.
Il faut penser basse.
J.CMF : Qu’entendez-vous
...
F. D : La basse a été au départ et pendant
une quinzaine d’années un instrument accompagnateur.
Puis les solistes Pastorius, Tony Clarke ont propulsé
l’instrument au devant de la scène, ce qui a
déclenché de nouvelles techniques. Parallèlement
sous les conseils des artistes qui voulaient faire le slap,
le tapping, l’instrument a évolué techniquement
et est devenu plus fiable. Pascal Mulot en est le meilleurs
exemple, célèbre dans ce contexte et il a été
formé chez moi.
J.CMF : En effet
vous avez développé un réseau d’instituts
où vous formez de futurs musiciens...
F. D : J’ai ouvert plusieurs instituts généralement
dans des villes universitaires. Il y en a près de Paris,
à Rouen, Metz, Grenoble, Aix-en-Provence, La Réunion.
En septembre prochain, s’ouvrira celui de Lyon et l’année
prochaine celui de Dijon. Et j’ai formé un certain
nombre de musiciens
J.CMF : La demande
est grande ?
F. D : Cela représente environ 350 bassistes dont certains
professionnels qui viennent se perfectionner. Les stagiaires
de même que l’instrument et la musique changent
et il faut suivre l’évolution, c’est pourquoi
j’écris régulièrement de nouvelles
méthodes. J’en suis à la 36e dont une
qui fait exception, consacrée à l’improvisation
du violon jazz réalisée avec Didier Lockwood.
J.CMF : Quel
est le profil des élèves de votre institut ?
F. D : Il y a tous les cas de figures. Certains professionnels
viennent se perfectionner et obtenir le diplôme d’excellence
puisque nous suivons le cursus mis en place par la CMF. D’autres
viennent pour corriger leur défaut... J’aime
bien les débutants car en 3 ans je les hisse à
un niveau professionnel.
J.CMF : A quel
âge peut-on s’inscrire ?
F. D : Pas avant 17 ans, car il faut une certaine maturité.
Par contre, c’est illimité ... Il y a des retraités
qui n’ont pas pu faire de la musique avant, faute de
temps, mais qui on envie de “s’amuser” le
dimanche matin dans leur salle à manger avec les copains.
Les jeunes viennent en général pour en faire
leur métier.
J.CMF : Comment
se déroule la formation ?
F. D : Mon programme se décompose en trente cours sur
une période de trois ans et beaucoup de travail à
la maison. Je suis assez sévère, mais c’est
dans l’intérêt des élèves.
J’ai échafaudé ce cursus en 30 années
d’expérience. Toutes les techniques sont abordées,
car c’est important d’avoir une formation complète
pour la demande professionnelle. Je propose aussi un système
de cours par correspondance avec des CD.
J.CMF : Quelles
sont les nouvelles techniques ?
F. D : Avec l’arrivée des guitares à 5
cordes, 6 cordes et même 7 cordes, l’instrumentiste
doit travailler à nouveau son instrument. Refaire ses
gammes, modifier la technique de jeu par rapport à
celle employée pour la guitare à 4 cordes.
J.CMF : Pourquoi
augmenter les cordes ?
F. D : La sonorité est différente, mais cela
tient aussi au fait que les musiciens pensent trop souvent
soliste, alors que le rôle du bassiste est avant tout
celui d’accompagnateur. Les gens ont tendance à
l’oublier et je répète souvent à
mes élèves : “dans une soirée,
il peut y avoir un solo voire deux...rarement plus...”
J.CMF : Y a-t-il
une école française ?
F. D : Au violon oui, avec Stéphane Grapelli qui a
ouvert la voix. A la basse ce n’est pas le cas, on copie
beaucoup les américains. Il reste beaucoup de choses
à faire et j’y travaille...
propos recueillis
par Christine Bergna
*Francis Darizcuren,
après avoir obtenu tous les prix du Conservatoire de
Musique, succède en 1958 à Michel Portal au
casino de Biarritz. C’est en 1962 qu’il monte
à Paris pour entamer comme guitariste puis comme bassiste
une brillante carrière de musicien de studio, cinéma,
télévision où il a accompagné
tous les artistes les plus réputés du jazz et
de la variété française et internationale.
Violoniste à l’orchestre symphonique de la Garde
Républicaine durant 25 ans, sa passion depuis toujours
pour le jazz, le pousse irrésistiblement à passer
de Mozart à Miles Davis.
Institut de basse Francis Darizcuren, 11 avenue de l’Ille
d’Amour, 94500 Champigny-sur-Marne, tél./fax.:
01 47 06 23 62. Le site www.darizmusic.com sera accessible
en septembre 2004
Petit historique
de la guitare basse électrique,
Première génération
Les premiers prototypes de la basse électrique voient
le jour aux Etats-Unis dans les années 30 chez les
fabricants Paul Tutmarc, Gibson et Rickenbacker. Mais c’est
Léo fender qui la rend populaire en 1951 avec la commercialisation
de la Precision Brass et l’année suivante de
la Gibson electric bass. Ce nouvel instrument représente
avec l’électricité, la justesse, la puissance...
Plus facile à sonoriser et à transporter que
la contrebasse, elle est vite adoptée. Monk Montgomery
est l’un des premiers à l’utiliser auprès
de Lionel Hampton et son frère Wes.
En 1960, le Rythm and Blues donne ses lettres de noblesse
à la basse électrique qui à cette époque
est favorable à la musique binaire avec James Jamerson,
Donald « Duc » Dunn.
Puis arrive en 1967 Steve Swallow, ancien contrebassiste de
jazz, avec des improvisations. Un nouveau champ d’investigation
est lancé.
Deuxième génération
En 1970 Jack Bruce est l’un des premiers à fusionner
le Rock et le jazz... Stanley Clarke d’abord et Jaco
Pastorius ensuite en 1976 ouvrent la porte à une nouvelle
génération plus dans le groove où la
place du soliste est mise en avant.
L’instrument s’imice dans tous les styles musicaux
avec le reggae, le rock, funk, fusion, jazz...
En 1980, Markus Miller amène un son profond avec beaucoup
de graves et d’aigus ainsi que la technique du slap
une de ses spécialités. Le niveau technique
ne cesse d’évoluer avec des bassistes comme Jaco
Pastorius, Marcus Miller...
n° 513 août
2004
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