Le saxophone à l'honneur avec Daniel Gremelle

Daniel Gremelle, saxophoniste international nous offre un voyage musical avec La Gremellite, dernier enregistrement qu'il a fait avec la Musique des Equipages de la Flotte de Brest sous la direction Claude Kesmaecker.
Une manière de nous faire partager la virtuosité de son instrument

J.CMF : Ce dernier enregistrement est un retour aux sources...
Daniel Gremelle : J'ai toujours été attiré par l'orchestre d'harmonie et j'avais en tête le projet d'enregistrer un programme de musique légère d'oeuvres composées ou arrangées spécialement pour moi. Cela a pu se finaliser avec Claude Kesmaecker, la Musique des Equipages de la Flotte de Brest et les éditions Corelia. Nous avons fait l'enregistrement en juillet dernier et le disque vient de sortir.

Comment avez-vous élaboré le programme
D. G. : J'ai sollicité plusieurs compositeurs notamment Désiré Dondeyne qui avait déjà composé pour moi et qui a réalisé pour ce CD les variations sur la berceuse "Le Petit Quinquin" en référence à mes origines et Variations sur un thème montagnard pour saxophone alto solo. Jérôme Naulais a ecrit Tony. Suivent des transcriptions pour harmonie qui pour la plupart ont été réalisées par Michel Nowak.

Il y a aussi la Gremellite de P.M. Dubois qui donne le titre a ce C.D....
D. G. : Pierre-Max Dubois etait mon professeur d'analyse au CNSM de Paris et il m'a dédié ce petit rag que j'ai toujours avec moi pour mes concerts. Ce grand Prix de Rome a beaucoup écrit pour le saxophone, instrument qu'il a defendu et certaines de ses oeuvres sont toujours d'actualité. D'ailleurs, ce CD lui rend hommage ainsi qu'à Daniel Deffayet, mon Maître.

La Gremellite est un morceau très virtuose
D. G. : Oui, La Gremellite avec ses doubles croches reflète bien l'humour de P.M. Dubois et fait partie des oeuvres très virtuoses présentées dans ce CD avec le Vol du bourdon (Rimski Korsakov, arr. Nowak) et La ronde des lutins (Bazzini, arr. Nowak). C'est une des raisons pour laquelle j'ai demandé a Jérôme Naulais d'écrire quelque chose de mélodique ce qu'il a très bien fait avec Tony. Rêverie de J. Penders est une pièce nostalgique et plus lente. Il y a aussi Pequena Czarda de Pedro Iturralde composé pour saxophone et piano, joué ici dans la version orchestre d'harmonie réalisée par son frère Ravier Ituralde..

Quels ont été les secrets de fabrication de ce disque
D. G. : Les partitions ont été envoyées à Claude Kesmaecker bien avant pour qu'il puisse les travailler avec l'Orchestre de la Flotte qui est un très bon orchestre. Les musiciens se sont vraiment investis et ils ont fait un travail remarquable. Le jour de l'enregistrement nous avons procédé à une lecture puis nous avons enchainé les prises de son. Le travail a été vraiment professionnel et je remercie Claude Kesmaecker qui a saisi de suite ce que je voulais, ce qui est très appreciable et digne d'un Grand chef. La maison Corelia a produit ce CD et je remercie aussi la maison Selmer pour son soutien. Seul regret n'avoir pas pu roder ce programme en concert avant l'enregistrement. Depuis, j'ai joué La Gremellite à Taiwan avec l'orchestre Taipei Winds symphonic ainsi que le premier concerto de P.M. Dubois..

Comment est percu le saxophone a Taipei ?
D. G. : Lors de mon sejour, j'ai participé à une émission de radio relatant l'histoire du saxophone, c'était une grande première pour l'instrument qui est en plein essor la-bas.
Depuis quelques années les taiwanais viennent étudier en France et cela commence a donné des résultats. Cinq de mes élèves sont retournés dans leur pays cette année pour former a leur tour des éléves. Pendant leur étude en France, ils ont beaucoup travaillé ce qui leur a permis d'atteindre un très bon niveau. D'ailleurs cette année jfen présente trois au concours d'entree au CNSM de Paris.

Cela reflète l'importance que vous donnez à l'enseignement
D. G. : Cette activité m'intéresse au plus haut point. Parallèlement à ma carrière de concertiste international, j'enseigne au CNR de Rueil-Malmaison où j'accompagne des jeunes gens qui se destinent à la profession. Dernièrement un de mes élèves a obtenu le poste de saxophone à la Musique de la Flotte de Toulon. Je suis également sollicite par des élèves de tous horizons Paris, province et même de l'étranger. Je suis passionné de l'enseignement afin de transmettre aussi le métier d'orchestre.

Vous jouez à l'orchestre, comment vous situez-vous ...
D. G. : Je suis passionné d'orchestre. Et j'ai la chance de jouer le saxophone à l'orchestre national de l'Opéra de Paris depuis une quinzaine d'année. C'est vraiment un régal, cela m'a permis de jouer sous la direction de très grand chef. Jfai aussi un immense plaisir à jouer avec des musiciens de très haut niveau et j'en arrive à avoir une conception du saxophone un peu marginale. Je pense que cet instrument a vraiment sa place dans lforchestre symphonique et je me bats pour que les compositeurs lfutilisent.

Quelle différence y a-t-il avec le jeu du soliste ?
D. G. : Quand je suis au sein de l'orchestre, le plaisir est énorme et c'est aussi ce qui maintient mon niveau instrumental. Il faut se marier avec les cordes ou la voix comme dans Lulu de Berg... le saxophone est pensé au sein d'un orchestre même s'il y a des passages solos et c'est là que la difficulté se situe. Quand on est soliste, on est seul accompagné par l'orchestre et il faut défendre l'instrument autrement. C'est un autre plaisir.

Le saxophone est-il programmé facilement dans les salles...
D. G. : Dernierement, j'ai joué avec lfOrchestre Colonne, la Rapsodie de Debussy et le Concerto de Mickael Nyman à la salle Gaveau et en l'église Sainte Clotilde à Paris. À Amiens et Presles avec lfOrchestre de Picardie le Concertino de Jacques Ibert et Le Lièvre et la Tortue de P. M. Dubois. J'ai la chance d'être invité mais dfune manière générale le saxophone fait encore reculer les programmateurs. Il faut reconnaître qu'à Paris les occasions sont rares et que le piano et le violon sont plus souvent programmés, c'est peut-être du au répertoire contemporain de mon instrument.

Créer un nouveau repertoire fait partie de vos préoccupations...
D. G. : C'est très important pour le saxophone qui est un instrument relativement jeune et qui manque de répertoire... Quand j'ai la chance de rencontrer un compositeur qui écrit merveilleusement bien, j'en suis très heureux. Dernièrement Francine Aubin m'a composé un très beau Concerto pour orchestre symphonique que j'ai eu l'occasion de jouer sous sa direction à Rueil-Malmaison ainsi que dans le Nord de la France et le succès a été grand. Cette oeuvre merite vraiment dfêtre connue et enregistrée. Elle est d'un romantisme incroyable. Elle vient d'être publiée aux éditions Billaudot en version saxophone et piano.

De nombreux compositeurs ont écrit pour vous...
D. G. : Il y a le 2e Concerto de P.M. Dubois pour saxophone et orchestre symphonique, le Concerto de Francine Aubin, celui de Désiré Dondeyne. Un Concerto pour saxophone solo et orchestre a cordes ecrit par Armando Guidoni que jfai créé en Italie et donné plusieurs reprises ; Sonances de Patrice Sciortino ; et dfautres compositeurs comme Jerome Naulais, Claude Pichaureau, Guy Lacour, Xavier Pirovano et en attente de création il y a les Six danses cruelles dfAntony Girard pour orchestre à cordes et en préparation un concerto avec orchestre d'harmonie par le compositeur japonais Kumiko Tanaka...

Vous jouez aussi en petite formation...
D. G. : Au sein du Duo de saxophones de Paris et du Trio avec Opus 93 (flûte, harpe, saxophone) où nous jouons des transcriptions allant de la musique baroque à Max Bruch, Moussourgski... je tiens les parties de violoncelle ou d'alto. Nous sollicitons là aussi les compositeurs contemporains. Armando Guidoni a ecrit Etoile inconnue, oeuvre originale très bien percue par le public.

Vous êtes aussi directeur de publication...
D. G. : Je dirige une collection aux Editions Billaudot ce qui me permet de sélectionner des oeuvres et de solliciter des personnes intéréssées pour composer un répertoire pédagogique. C'est un travail très intéréssant.

Vos projets...
D. G. : Un concert en soliste avec le Concerto de Glazounov et l'orchestre de Nimes sous la direction de Jean-Sébastien Béraud le 27 novembre prochain au théâtre de Nîmes. J'ai plusieurs projets de concerts dans la région Centre et près de Clermont Ferrand avec le Duo de saxophones de Paris et la sortie en fin d'année d'un disque en duo que nous venons d'enregistrer avec un répertoire allant du baroque au contemporain.
L'année prochaine, pour les dix ans de la mort de Pierre-Max Dubois, je pense lui rendre hommage avec l'enregistrement d'une sélection de ses oeuvres pour saxophone et piano.
Et puis j'ai le projet de jouer avec une harmonie du Nord, le Concerto lyrique de Désiré Dondeyne qui n'apparait pas sur ce dernier enregistrement et que j'ai donné en création avec les Gardiens de la Paix à Issy-les-Moulineaux à l'occasion du concert pour ses 80 ans. J'espère que ce projet aboutira aussi sous forme de CD. J'ai déjà des contacts avec michel Corenflos et son Harmonie de Lens. Je souhaite rendre ainsi hommage à et toute un region et à Désiré Dondeyne.

Propos recueillis Christine Bergna


Dernier enregistrement
La Gremellite, CD n‹CC 803887, Corelia, Chalo St. Mars, 91780
Variations sur la berceuse gLe petit Quinquinh D. Dondeyne ; Tony de J. Naulais ; La Ronde des Lutins de A. Bazzini, arr. Nowak ; Variations sur un thème espagnol de P.A. Genin, arr. Nowak ; Pequena Czarda de P. Iturralde, transc. J.Iturralde ; Air nostalgique de T. Huggens ; Perles de cristal de G. Hamel ; La Gremellite de P. M. Dubois arr. Nowak ; Variations sur un thème montagnard, D. Dondeyne ; Reverie de J. Penders ; Le Vol du Bourdon de N. Rimski Korsakov, arr. Nowak ; Czardas de V. Monti, arr. Nowak.

Quelques repères
Daniel Gremelle né en 1963 a Henin-Beaumont commence le saxophone à 16 ans et obtient en 1983 sa medaillle dfOr à l'unanimité de saxophone au CNR de Douai. Une série de prix prestigieux témoigne de la qualité exceptionnelle de cet artiste : 1984, 1er prix a lfunanimité et avec félicitations de la ville de Paris, 1986 premier Prix au Concours national de Dunkerque et Médaille du meilleur soliste.1987, 1er Prix à l'unanimité du Concours international UFAM de Paris ; 1988, classe de Daniel Deffayet, 1er Prix de saxophone au CNSM de Paris ; 1988, 1er Prix national de saxophone au Concours national d'exécution musical dfAix les Bains ; 1989, Grand Prix international des Artistes solistes de Paris ; 1990, 1er Prix du Concours international Adolphe Sax...


n° 514 octobre 2004 copyright © 2004 cmfdiffusion _ www.cmfjournal.org


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