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En tournée dans toute la France avec Michel
Jonasz, et avec le Stéphane Belmondo quartet en Turquie, en Italie, en
Allemagne, au Baiser Salé pour les jams du lundi avec François Constantin et
Linley Marthe, nous avons eu le privilège de rencontrer Laurent Robin, maître
du swing et du groove, au Baiser Salé à Paris et au théâtre de Denain (59), qui
se prêta, en toute humilité, au jeu des questions-réponses...
Michel Jonasz, après la balance de 18 heures
au théâtre de Denain, prit le temps de nous recevoir en toute sérénité, pour
répondre à notre question concernant le rôle du batteur au sein du groupe...
Bernard Zielinski : Michel, merci pour ta gentillesse et ta disponibilité.
Que représente le batteur au sein de ton groupe ?
Michel Jonasz : Avant toute chose, il représente avec le bassiste
la fondation du groupe. J'attends du batteur, qufil aille à la
racine, à la source... Je lui laisse une entière liberté
pour qu'il puisse sfexprimer... Il doit être inventif, créatif.
Avec Laurent, cfest parfait car cfest ce qufil est...
B. Z. : Laurent, peux-tu te présenter aux lecteurs ?
Laurent Robin : Je suis né à Fontainebleau.
Très petit, je frappais un peu partout, sur des poufs...
A lfâge de 9 ans, ma mère mfa inscrit au
conservatoire. Je voulais faire de la batterie, mais à cette époque, la
batterie nfétait pas enseignée... Jfai fait une année de flûte à bec et de
solfège et comme cela ne me ebranchait pasf, jfai arrêté... A 13 ans, jfavais
des copains qui jouaient dans un garage. Naturellement, je me suis mis à la
batterie. On jouait du Clash, du Deep Purple... Puis je me suis inscrit à
nouveau au conservatoire. Jfai eu la chance de etomber sur un super proff,
Xavier Verken qui a compris mon désir de faire uniquement de la batterie. Jfai
travaillé comme une « bête» la lecture, lfindépendance, la technique sur les
méthodes Agostini... En parallèle, je jouais sur des disques, dans les clubs,
les bars... Jfai pris ensuite des cours avec Emmanuel Boursault... A lfâge de 21
ans, je suis allé au P.I.T. de Los Angeles...
B. Z. : Dans le monde classique, le recrutement se fait par voie de concours.
Dans le monde du show-biz, il nfy a pas de concours. Comment as-tu été
recruté par Michel Jonasz ?
L. R. : En fait, Michel a une liste de sa
maison de production avec tous les musiciens jouant dans les clubs. Un soir, je
jouais au Sunset avec le quartet de Belmondo et Michel est passé nous
écouter... Quinze jours après, jfai reçu un appel de son manager disant que
Michel désirait mfauditionner... Et voilà le début dfune grande tournée... Je
tiens à dire qufil nfy a absolument pas de «copinage» à ce stade. Il faut avoir
les compétences...
B. Z. : Pour la tournée avec Michel Jonasz, y-a-t-il eu beaucoup de répétitions? De quelle manière se sont-elles déroulées ?
L. R. : Il y a eu 15 jours de répétitions. La
première semaine, avec 23 à 25 chansons, on a fait un «filage» du répertoire...
La deuxième semaine, Michel a fait son choix... puis on a peaufiné les morceaux
de manière à les faire vivre...
B. Z. : Quel matériel emploies-tu avec Michel Jonasz ?
L. R. : Jacky Bourbasquet, batteur et
directeur commercial de la marque Sonor, mfa donné un modèle 3003 noir
pailleté. Jfai une grosse caisse de 22h. Pour les cymbales, jfai des Sabian
dont une que jfai achetée au Canada et une vieille crash ride que jfadore...
B. Z. : Quel est lfaspect positif de participer à une jam-session
?
L. R. : Participer à une ejamf peut être positif ou négatif
dans le sens où cela nfest pas toujours facile. Les conditions
dans lesquelles tu évolues changent dfun lieu à un autre
et il faut s'adapter immédiatement... Par exemple, avec un instrument
qui nfest pas le tien, avec l'acoustique de la salle... La bonne chose
dfune ejamf, cfest
que tu découvres des musiciens que tu ne connais pas et à ce stade, il y a
beaucoup à faire notamment au niveau de lfécoute... Un autre aspect positif,
cfest celui de se faire connaître. Le ebouche à oreillef fonctionne bien. Un
copain dira à un autre : « Tiens, celui là cfest vraiment bien »... Les ejamsf
sont en fait un lieu de brassage...
B. Z. : Linley, qufattends-tu dfun batteur ?
Linley Marthe (bassiste de la jam session) :
Jfattends de lui qufil soit à la source, aux racines de la musique... De là,
lfécoute, le partage, lfintensité provoqueront lfosmose entre nous...
B. Z. : Autre aspect de lfapprentissage de la
batterie. Le fait de jouer par-dessus des disques ou CD, est-ce une bonne école
pour lfapprentissage du métier?
L. R. : Oui, cfest vraiment très bon. Cfest même une très
bonne manière pour commencer et apprendre à jouer. Le fait
de jouer sur un disque ou un CD tfoblige à aller du début
à la fin du morceau en conservant une trame... En fait, tu joues
en econfiguration réellef... Je trouve que c'est une bonne école
mais cela doit être en adéquation avec les cours...
B. Z. : Concernant les disques CD, qufécoutais-tu pendant ta période
eannées lycée et facf ?
L. R. : Au collège, les Clash, Deep Purple
avec lan Paice... En fac, Tony Williams que je trouve sublime, Billy Cobham,
Christian Vander...
B. Z. : Jfai remarqué qufen prise tambour, tu contrôles
la baguette à la manière de lfécole américaine,
cfest-à-dire avec le pouce et lfindex et en relâchant le
majeur. As-tu travaillé cette technique des doigts lorsque tu étais
au P.I.T de Los Angeles ou est-ce venu naturellement ?
L. R. : En fait, cfest un mélange des deux. A
mes débuts, je jouais en « matchgrip ». Au conservatoire, jfai appris la «prise
tambour»... Jfai fait un travail personnel de recherche. Je me suis posé certaines
questions comme, où se trouvait la pince...
B. Z. : A propos des écoles de musique, beaucoup de batteurs disent que les cours ne servent à rien. Quel est ton avis ?
L. R. : Non, il ne faut pas dire cela!!! A
priori, les cours servent à apprendre et apportent les outils nécessaires pour
devenir musicien. Il faut mettre musicalement en application le plus possible
ce que tu apprends... Donc, tu joues sur des disques. Il faut que tu sois
dedans... Tu dois jouer en groupe, cfest ce que je recommande fortement et si
possible avec des musiciens de ton niveau, voire meilleurs...
B. Z. : Tu joues la caisse claire très inclinée, à
la manière dfun joueur de tambour. Pourquoi as-tu adopté
cette position ?
L. R. : Je considère que par ma position de la baguette sur le tambour,
son inclinaison, ma caisse doit suivre logiquement lfinclinaison de la
baguette... Dfautre part, je joue assez haut. J'aime bien dominer la batterie.
Donc on peut comparer, assimiler ma position à celle dfun joueur
de tambour qui lui joue debout...
B. Z. : Ton planning est très chargé avec les tournées,
séances de studio, clubs de jazz... Malgré cela, travailles-tu
ton instrument dès que tu as une «plage libre» ?
L. R. : Oui, actuellement je travaille
certaines choses bien précises comme les mesures impaires. Je recherche la
fluidité, jfessaie dfêtre le plus possible à lfaise sur ces mesures de façon à
avoir le plus de liberté et de ne pas avoir à penser à ces mesures... Je
travaille également les solos mais sur des structures bien établies...
B. Z. : Tu possèdes une technique remarquable. Souvent les élèves laissent de côté cet aspect de la batterie, en lfoccurrence les rudiments. Selon toi, en toute honnêteté, maîtriser des rudiments est-ce important pour un batteur ?
L. R : Bien sûr, pour moi, cfest essentiel. A mes débuts, un émule de Christian Vander mfa dit: «ça serait vraiment bien que tu travailles 2 coups de chaque main ». Moi, je ne connaissais que le frisé. Jfai essayé chez moi, mais je nfavais aucune vitesse, aucune rapidité. Jfai ebossé comme un fouf et en 3 mois jfai commencé à rouler... Jfai toujours aimé travailler la technique...
B. Z. : Quel est ton rudiment préféré ?
L. R. : Le moulin que jfutilise énormément.
Jfadore jouer les moulins comme un eflux permanentf... En les jouant, le simple
fait de mettre la grosse caisse sur le 1er temps te donne déjà un groove...
B. Z. : Pour lfalbum Wonderland avec le Stéphane Belmondo groupe,
tu as obtenu le meilleur album Jazz de lfannée. Raconte nous cette
merveilleuse histoire !
L.R.: Cela fait 6 ans que je travaille avec eux. Avec Stéphane,
on avait ce projet en tête depuis longtemps. On jouait dans les clubs
puis, un jour, on a réalisé ce projet. Pour lfenregistrement,
on a seulement répété une fois. Nos concerts ont servi
de répétitions. On a enregistré en 2 jours, il y a
eu 2 ou 3 prises pour chaque morceau. Lfinstant présent a surtout
prévalu lors de l'enregistrement...
B. Z. : Le côté humain dans un groupe est -ce important ?
L. R. : La vie en tournée, cfest comme la vie
en couple. Il faut faire preuve de tolérance, de philosophie... Au cours des
semaines, les tensions sont de plus en plus pesantes... La promiscuité, les
transports, le logement font que tu dois gérer la fatigue, lfénervement, le
stress. Pour jouer, il faut être libre de toutes contraintes... et ce nfest pas
toujours le cas...
B. Z. : Tu fais beaucoup de sport. Est-ce un besoin nécessaire en relation avec la batterie ?
L. R.: Cfest à la fois en relation avec le
corps et lfinstrument. Notre métier est assez éprouvant. Jfai le besoin de
elâcher les chiensf, de décompresser un peu... Jfadore la pratique des arts
martiaux qui mfapportent beaucoup de bien-être...
B. Z. : As-tu des rêves ou des projets plus personnels ?
L. R. : Oui, sauf que je ne trouve jamais le temps
de concrétiser. Jfaime tellement la batterie que lorsque jfai du temps de
libre, je travaille mon instrument... Jfaime la chanson, les paroles... En
studio, jfaime travailler le son. Un son peut amener une atmosphère géniale...
Il faut passer beaucoup de temps... Jfaimerais bien être mon epropre
producteurf pour réaliser mes rêves...
B. Z. : Fort de ton expérience, quels conseils donnerais-tu aux
élèves batteurs ?
L. R : Travaillez sans relâche ! Cfest la
réalité. Et surtout, il faut travailler avec un métronome, un click... Jfai vu
des gens confirmés travailler sans métronome. Je trouve ça hallucinant ! Il
faut être le plus pragmatique possible. Par exemple, si on me demande de jouer
une bossa nova, un 3/4 aux balais, un reggae, je sais ce que ça veut dire et je
suis immédiatement dans lfesprit demandé... Et cela passe par une très bonne
culture musicale !
B. Z.
* . Auteur avec Jean-Pascal Rabie aux éditions
A. Leduc de Bonamta pour batterie et piano ; Le colosse aux pieds
dfargile ; Le labyrinthe des rudiments ; Baroquisme pour timbales
solo ; Promenade par une nuit câline dans le lointain pays des Mandarines
pour violon et piano ; La machine à groover ; Valse pour
chalida ; Yf en a marre du tintamarre !!! ; En route petite troupe
!!! pour trompette de cavalerie mib et piano.
Auteur avec Serge Luc aux éditions A. Leduc de Du tambour à la caisse claire.
A collaboré au Guide pédagogique batterie de la CMF.
Professeur agréé HSMA ; Musicien à la Batterie-Fanfare de la Musique des Gardiens de la Paix de Paris ;
Professeur à lfEcole de Musique de Saint-Mard (77230) ;
Membre de la Percussive Arts Society.
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