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Roger Boutry

Membre d'honneur
de la Confédération musicale de France


s'entretient avec Guy Dangain...



Guy Dangain : Comment devient-on musicien professionnel ?

Roger Boutry : Chaque parcours est unique ; la vocation résulte parfois du hasard ; certains musiciens sont issus dfun milieu extérieur à la musique, dfautres ont vécu leur jeunesse dans une ambiance musicale. Ce fut mon cas : un père trombone solo de lfOrchestre national de France, une mère jouant du piano en amateur. Ma vocation était donc tracée, voire dirigéec

Dès mon plus jeune âge, je suis allé au concert. Jfai un souvenir qui date de mes huit ans : en écoutant, pour la première fois De lfaube à midi sur la mer de Debussy, jfai vu tout naturellement lfeau, le bateau, les pêcheurs ; jamais depuis je nfai pu retrouver cela aussi nettement, car lfécoute technique finit par faire passer lfimpression au second plan.

à onze ans, je suis entré au Conservatoire de Paris ; j'ai eu ma première médaille de solfège le e6 juin 44f ! Après le premier Prix de piano 1er nommé, jfai continué les classes dfécriture. Jfai eu la chance, à dix-sept ans, dfêtre invité par le chef dforchestre D. E. Inghelbrecht à jouer les Variations symphoniques de César Franck avec lfOrchestre national. La vie professionnelle s'annonçait !

G. D. : Parlez-nous des orchestres dfharmonie professionnels.

R. B. : Les eMusiquesf que nous connaissons : Garde républicaine, Gardiens de la Paix ; Police nationale, Terre, Air, équipages de la Flotte, sont de brillantes formations qui font un travail remarquable et assurent une réelle promotion de la musique dfharmonie auprès des mélomanes.

Il est intéressant de souligner que beaucoup parmi les excellents instrumentistes de ces orchestres ont travaillé, dans leur jeunesse, au sein dfharmonies municipales et sont, pour ainsi dire, issus de la pratique amateur.

Les harmonies constituent un vivier essentiel ; cfest lfoccasion rêvée pour les jeunes dfaccéder à la musique.


G. D. : Que pensez-vous de lfenseignement musical en France ?


R. B. : Il mfest difficile de vous répondre avec précision sur ce sujet pour nfavoir enseigné lfécriture qufà un niveau supérieur au CNSM de Paris.

Toutefois, jfai souvent entendu des professeurs dfinstrument se plaindre des lacunes en solfège rencontrées chez les élèves. Beaucoup affirment être obligés de prendre sur le temps normalement consacré à lfapprentissage instrumental pour régler les problèmes de rythmes et de lecture de notes.

A titre personnel, jfavais constaté depuis plusieurs années une certaine baisse de niveau pour la lecture à vue dans les concours de recrutement des musiciens dforchestre.Il semble donc qufil y ait quelque part un manque dfefficacité dans la transmission des connaissances fondamentales qufil faut acquérir et respecter ; le solfège doit rester une priorité.

Actuellement, lfaction menée par les partenaires de eLforchestre à lfécolef me paraît intéressante, en ce qufelle élimine la barrière économique (achat de lfinstrument) et le cloisonnement culturel (« La grande musique, cfest pas pour nous ! »).

Le fait de toucher lfinstrument, dfen tirer des sons, de construire un projet avec les autres, devrait, je pense, inciter le jeune à passer les portes de lfécole de musique.


G. D. : Que faire pour accéder à la qualité ?


R. B. : Lfexigence principale est de travailler tous les jours. Que lfon soit instrumentiste ou compositeur, la qualité première cfest lfassiduité accompagnée du désir de sfaméliorer sans relâche.

Il faut avoir confiance, naturellement dans les conseils prodigués par son professeur, mais aussi sfinspirer de la technique et de lfinterprétation des instrumentistes dfexception. Le confort routinier reste le pire ennemi.

Ainsi, un compositeur devra toujours chercher des couleurs nouvelles, ce dont lforchestre d'harmonie ne manque pas ! à ce sujet, force est de constater, malheureusement, que l'uniformité des orchestrations semble de mise actuellement. Encore un effet de la standardisation !

Enfin, il est fondamental de donner le meilleur de soi-même, en ayant à lfesprit que lfon joue pour le plaisir de ceux qui écoutent. Lfinterprète est un transmetteur entre la pensée du compositeur qufil lui faut respecter et lfauditoire en attente dfune émotion.



Être chef dforchestre...

gChef dforchestre, ça nfest pas un métier !hc Pourtant, que de nombreuses et sérieuses connaissances faut-il acquérir avant de pouvoir prétendre gmonter au pupitreh sereinement ! Il est tout dfabord souhaitable dfêtre un bon instrumentiste afin de connaître la musique de lfintérieur, dans sa dimension pratique. Pour réellement comprendre une partition dforchestre, rien de plus efficace, en définitive, que de la déchiffrer au piano. Enfin, la lecture simultanée de plusieurs voix, la transposition, lfharmonie, lfanalyse, lforchestration seront toujours de la plus grande utilité. On ne sfimprovise pas chef dforchestre, car les musiciens que vous avez en face de vous auront vite fait de juger de votre compétence réelle, ou de votre talent dfillusionniste !

Un concert se prépare dfabord seul, en posant la partition sur sa table de travail, un piano à portée de main, afin dfétudier en détail les ouvrages choisis. Durant les séances de répétition, le chef devra veiller au respect du texte, notamment les mouvements métronomiques indiqués par le compositeur, ainsi que les nuances destinées à créer des plans sonores. Si les musiciens ne connaissent pas lfœuvre, il ne faudra pas hésiter à les faire travailler par groupes séparés (bois, cuivres, saxophones, cordesc).

Lfauditeur vient au concert en espérant entendre une musique qui lui plaira : il est indispensable dfavoir à lfesprit lfattente de son public et, sans modération, dfuser de bon sens lorsqufon élabore le programme. Jfai toujours souhaité privilégier la diversité en associant des œuvres dfépoques différentes. La participation dfun soliste apporte également une couleur nouvelle toujours appréciée.

gLa musique est le plus exigeant des Artsh a écrit Berliozc Lfexigence : voilà le maître-mot ! Le chef dforchestre ne doit jamais faire de concessions à la facilité, dfabord envers lui-même, puis envers ses musiciens. Ainsi pourra-t-il espérer restituer fidèlement la pensée créatrice du compositeur et atteindre un sentiment de plénitude artistique. Lfémotion musicale est à ce prix.

Roger Boutry




Biographie

Roger Boutry fit ses études au Conservatoire national supérieur de musique de Paris où il obtint huit premiers Prix dans les disciplines suivantes : solfège, piano, musique de chambre, harmonie, fugue, contrepoint, accompagnement, composition et direction dforchestre. Sur cette lancée peu commune, il commença une carrière internationale de pianiste couronnée par un Prix au prestigieux concours Tchaïkovski à Moscou.

Poursuivant parallèlement ses travaux de compositeur, il se vit décerner en 1954 le Premier Grand Prix de Rome qui lui permis de passer un séjour fructueux à la célèbre Villa Medicis.

De nombreuses occasions de sfexprimer sfoffrirent alors à lui, dfabord comme compositeur et pianiste (il joua sous la direction de chefs renommés tels que A. Cluytens, D. E. Inghelbrecht, P. Monteux,  P. Dervaux, J. Martinonc), puis comme chef dforchestre invité par nombreux orchestres français et étrangers.

Sa nomination en 1962 de professeur dfharmonie au Conservatoire national supérieur de Paris marqua le début de ses activités pédagogiques reconnues bien  au-delà de nos frontières.

Après lfobtention du Grand Prix Musical de la ville de Paris, du Prix Georges Bizet de lfInstitut de France et du Grand Prix de la Sacem, les formations musicales de la Garde républicaine lui furent confiées en 1973. Il présida à la destinée de cette célèbre phalange jusqufen 1997.

Compositeur accompli, pianiste hors pair, chef dforchestre au répertoire vaste et éclectique, Roger Boutry est élu « Personnalité de lfannée » en 1989, pour lfensemble de ses activités artistiques.




Répertoire des oeuvres pour orchestre dfharmonie


Orchestre seul
Ikiru Yorokobi, Editions Robert Martin
Tétrade, Editions Robert Martin
Métachrome, Editions Robert Martin
Evocations, Editions Robert Martin
Fête, Editions Lafitan
Parade, Editions Lafitan
Marche (J.O. de Grenoble 1968), Editions Salabert
CMF 2000, Editions Corélia


Soliste et orchestre
Wu-Ji (piano), Editions Robert Martin
Concerto (trompette), Editions Robert Martin
Chants de lfApocalypse (quintette de cuivres), Editions Robert Martin
Eclats dfAzur (quatuor de saxophones), Editions Robert Martin
Fantasia (trombone) Editions Billaudot
Divertimento (saxophone), Editions Leduc
Ô Paix (choeur), Editions Corélia
Alternances (quatuor de saxophones), inédit

Transcriptions
Chorals de Bach, Editions Robert Martin
Prélude à lfaprès-midi dfun faune de Debussy, Editions Robert Martin
Le vol du bourdon de R. Korsakov, Editions Robert Martin
Fêtes de Debussy, Editions Robert Martin
Clair de lune (avec piano) de Debussy, Editions Robert Martin
La Carmagnole, Editions Robert Martin
Les forains de H. Sauget, Editions Salabert

L'Arlésienne de Bizet (1er et 2e suites), inédit
Une nuit sur le Mont Chauve de Moussorgsky, inédit


Roger Boutry a composé lfHymne de la Confédération musicale de France  CMF 2000, enregistré sur disque compact par lfHarmonie de RATP aux Editions Corélia.


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