Parlez-nous
de lfenseignement musical de nos jours ?
L'innovation a des limites. Lorsqufil sfagit dfapprendre, le respect
des héritages dfun ensemble de savoirs me semble nécessaire.
Recentrons les apprentissages sur les points
essentiels. Pour être clair « lire et jouer », le reste nfest que
littérature.
De grâce, nfenfermons pas nos enfants dans des
ecarcans pédagogiquesf, et comme le dit Jacques Rigaud : « La musique ne
se décrète pas, elle se secrète ».
Avec les élèves, travaillons au rythme de
leurs possibilités, chacun étant un cas particulier. La musique est une
initiation. Aux professeurs de les guider avec compétences, amour et passion.
Comment
devenir chef dforchestre ?
Avant toute chose le candidat aura étudié le
solfège très sérieusement, abordé la science des accords, lfanalyse,
lforchestration. Après seulement peut se développer lfardent désir de sfinitier
à la direction dforchestre. En ce qui concerne la gestique, elle ne peut être
réellement enseignée tant elle est personnelle, chaque musicien ayant sa propre
sensibilité, son inspiration. Il y a cependant quelques principes de bases.
Jfattache beaucoup dfimportance à elfexpression dans le brasf, sans toutefois
négliger le respect du texte. Le rythme est le cœur de la musique.
Je ne peux que féliciter lfinitiative de la
CMF en formant de jeunes chefs dforchestre (DADSM). Nos ensembles musicaux ont
besoin de chefs compétents. Cependant, me semble-t-il, il faudrait revoir
lfépreuve de direction. Dans les concours, jfassiste bien souvent à une sorte
de mimétisme de la part des candidats à partir dfune partition imposée
préalablement enregistrée, et écoutée emoult foisf avant lfépreuve. Il y a rarement
de conception artistique personnelle et cfest dommage. La re-création est
importante. Nous sommes en droit dfattendre du eMaestro en herbef les qualités
musicales requises pour faire vivre et revivre les œuvres des compositeurs.
Des
transcriptions, pourquoi ?
Au XIXe siècle, les transcriptions ont permis
de faire entendre, et connaître les belles œuvres aux masses populaires. À ce
titre, elles sont respectables.
Au seuil du XXIe siècle et malgré nos outils
de diffusion (Radios, TV, CD, DVD), rares sont les jeunes qui connaissent
Schubert, Mendelssohn, Weber, Berlioz, Brahms, Dvorak, voire Mozart !
Réécrire des transcriptions de qualité et les
jouer dans nos orchestres me semble nécessaire pour que nos jeunes musiciens,
et moins jeunes dfailleurs, découvrent les partitions de notre patrimoine.
Jfai bien dit des transcriptions de qualité,
car la transcription doit être une reconsidération complète de lfœuvre et non
une transposition systématique du répertoire symphonique à celui de lforchestre
dfharmonie. Il y a là toute une alchimie des timbres à mettre en valeur. Nous
nfavons pas le droit dfencanailler, de défigurer la musique de nos grands
Maîtres.
Quel est
lfavenir des orchestres dfharmonie ?
De nature optimiste, je crois que nos
orchestres ont un bel avenir. Le tout est dfaimer ce que lfon fait et de savoir
qufadhérer à une association nfest pas vide de sens.
Nous réussirons la pérennité du monde musical amateur qufà
certaines conditions :
- une passerelle effective écoles de musique
et sociétés musicales à tous les niveaux ;
- l'engagement des professeurs dans nos formations aux côtés
de leurs élèves, là où ils exercent ;
- l'assiduité des musiciens ;
- la pratique régulière de lfinstrument
allègera le travail du chef permettant ainsi la réalisation de lfœuvre plus
rapidement.
C'est à ce prix que nous irons vers de nouveaux enchantements !
Que
pensez-vous du projet « Orchestre à lfécole » ?
Le plus grand bien, un projet plein dfespoir,
une passerelle entre la musique et lfEducation nationale. Il est en effet
navrant de constater un réel désintérêt de notre jeunesse pour la musique dite
esérieusef.
Selon le ministère de la Culture, 240 000
élèves apprennent la musique dans les écoles dfenseignements spécialisés sur 12
millions dfélèves scolarisés. Cfest peu et très inquiétant.
Puisse donc ce projet se réaliser. Il est cohérent et animé
dfune belle ambition. Il ouvre d'autres voies à notre jeunesse
pour faire valoir leurs talents - une façon de relancer notre système
éducatif sur le chemin de la réussite.
La démocratisation culturelle se mettrait-elle
en marche ?
Propos recueillis par Guy Dangain
Repères biographiques
Né le 20 juillet 1921 à Laon (02),
il commence ses études musicales à Lille
(Nord), puis à Paris (Conser-vatoire national supérieur) où il obtient les
premiers prix dans les disciplines suivantes : formation musicale (solfège),
clarinette, musique de chambre, écriture, harmonie, contrepoint, fugue et
composition musicale dans la classe de Tony Aubin.
Il devient clarinette solo à la Musique de
lfAir de 1939 à 1954, chef de la Musique des Gardiens de la Paix de 1954 à
1979, directeur du conservatoire national de musique dfIssy-les-Moulineaux de
1980 à 1986, président de lfUnion des Fanfares de France, conseiller technique
et culturel à la Confédération musicale de France.
Il obtient le Prix eGabriel Parësf et le Prix
de la Musique symphonique légère de la SACEM.
Désiré Dondeyne est considéré, à partir de
1955, comme le rénovateur en France et en Europe dfun répertoire et dfune
conception originale de lforchestre dfharmonie fanfare.
Il écrit un « Traité dforchestration » à
lfusage de ces formations (Éditions Robert Martin) qui fait référence auprès
des compositeurs et chefs dforchestre dfharmonie, et dans lequel les intéressés
découvrent la technique et l'originalité de cet orchestre.
Désiré Dondeyne, pendant de nombreuses années, fera
entendre les œuvres de ses contemporains et fera connaître,
par des adaptations nouvelles, le répertoire original plus ancien.
Il incitera une nouvelle génération à écrire
pour lforchestre dfharmonie fanfare et compose lui-même dfimportantes
œuvres originales (symphonies, suites, ouvertures, concertos, etc.).
Ses œuvres ne sont pas seulement destinées aux
harmonies, il écrit aussi des œuvres de musique de chambre ainsi que des
ouvrages pédagogiques pour les écoles de musique.
Il forme de nombreux élèves qui perpétuent son
travail de renouvellement du répertoire et de la représentation de lforchestre
dfharmonie qui, maintenant, prend place dans les activités musicales
internationales.
Il est titulaire des décorations suivantes :
Officier de lfOrdre des Palmes académiques, Officier de lfOrdre des Arts et
Lettres, Médaille militaire, Chevalier de la Légion dfHonneur.