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Pierre Boulez, membre d'honneur de la CMF

présenté par Guy Dangain...




Qu'est-ce donc que la musique ?

A la fois un art, une science et un artisanat. Un art, jfemploie eartf pour sa brièveté commode, mais je lui préfère emoyen dfexpressionf (c)

Le musicien est, cependant, à la fois un intellectuel et un artisan : seule cette double attitude lui permet la cohérence vis-à-vis de ce qufil désire exprimer.

Être chef dforchestrec

Pour être chef dforchestre, il faut une grande persévérance, de la patience, une lucidité aiguisée, beaucoup dfabnégation, et aussi, une bonne dose dfhumour qui apaise les tensions latentes lorsque le travail continu porte tout le monde à lfirritationc Sans compter un mélange subtil dfautorité vis-à-vis des exécutants et de déférence à lfégard du compositeur. Il s'agit parfois, non seulement d'éviter les heurts ou dfarrondir les angles, mais de faire participer une collectivité à la compréhension de lfoeuvre en se référant donc à sa source : l'auteur.

De la direction d'orchestre

Selon Roger Desormière*, le but est dfarriver à la plus grande sobriété, se défaire peu à peu de tout lfinutile. Être sobre de gestes ne veut pas dire qufil ne faut pas aller jusqu'au bout de l'expression et manquer de force et dfélan. Et encore, ne pas penser à lfeffet sur le public, mais acquérir lfautorité morale qui donne lfascendant sur les instrumentistes.

La pédagogie

Qui dit pédagogie dit discipline ; dit également communication. La pédagogie est un effet : la communication par la discipline dfun savoir.

De toute discipline, ce que lfon peut communiquer, cfest la pratique, lfexpression personnelle qufon a soi-même acquise ; en cela, point de difficulté insurmontable, mais ce qui est absolument incommunicable cfest lfimagination.

Je puis donner les outils nécessaires, développer votre sensibilité à les manier, diriger l'aptitude de vos facultés, mais dites-vous bien que si vous venez à moi sans imagination, vous repartirez sans imagination. Et lorsqufon me pose la question de savoir si on est doué ou non, je réponds invariablement : posez-vous la question à vous-mêmec vous êtes là le meilleur juge.

Où en est-on ?

Je trouve important de se poser le problème, car il est temps de se le poser et temps de voir exactement où lfon va. Je ne dis pas de déterminer lfavenir, car les gens qui déterminent l'avenir en avance sont plutôt embêtants puisqufils se coupent du privilège de lfinnovation et de l'aventure. Mais, cependant, nous ne sommes plus à lfépoque où lfon découvrait des choses en retard.

Après un certain établissement, nous en sommes à une période de réflexions ; ou, pour aller plus loin, on doit réclamer un peu plus de réflexion, non seulement de la part de lfauditeur, mais aussi du compositeur.

Libérer la musique

Le cloisonnement est pour moi la mort des choses. Pour être efficace, tout devrait sfinterpénétrer. Il faut aujourdfhui parvenir à une plus grande fluidité entre les différents plans dfaction, et cela signifie que les cloisons étanches entre musique de chambre, musique symphonique, opéra, concert devront céder si lfon veut libérer la musique et la rendre communicable au plus grand nombre.

Pour éveiller la curiosité de la nouvelle musiquec

Alban Berg donnait à une enquête cette réponse non dépourvue dfhumour : « Jouer la musique nouvelle comme si elle était classique ; jouer la musique classique comme si elle était nouvelle ».

Un échange doit sfinstaurer entre les deux domaines. Beaucoup de réticences disparaîtraient si le courant sfétablissait de façon permanente entre la découverte des oeuvres nouvelles et la visite des oeuvres passées (c).

Dans cette perspective idéale, nombre de dilemmes sont à résoudre, nombre de difficultés à franchir (c).

Je commencerai par les réactions de lfauditeur. Dans les situations difficiles, elles ont toujours été comprises entre ces deux extrêmes : le rejet immédiat, ou le doute positif.

On se rappelle le mot de cette personnalité vieillissante du monde parisien à la première du Sacre du Printemps : « Cfest la première fois, depuis soixante ans, que l'on ose se moquer de moi ». On se rappelle peut-être moins une note de Delacroix dans son Journal venant d'entendre, dans les années 1860, une exécution dfun des derniers quatuors à cordes de Beethoven, il écrivait à peu près ceci : « Cfest lfoeuvre dfun fou ou dfun génie. Dans le doute, je parie pour le génie (c) ».

Ce que je souhaite, cfest changer lfesprit des gens. Ils ont des goûts hérités du passé ; ils cherchent la musique exclusivement au musée alors qufelle est là dans le siècle, vivante.

Mon but est de promouvoir la pensée contemporaine à l'ombre de cet arbre gigantesque qu'est le passé. Aujourdfhui les gens ont un réflexe de défense ; ils sont davantage portés à préserver qu'à inventer. 

Roger Desormière, élève de Charles Koechlin, a dirigé lfOrchestre national de France et celui de lfOpéra de Paris. Il succédera à Charles Munch pour lfenseignement en classe d'orchestre du Conservatoire national de Paris.



Biographie : Né en 1925 à Montbrison (Loire), Pierre Boulez suit les cours dfharmonie d'Olivier Messiaen au Conservatoire de Paris. Il est nommé directeur de la musique de scène à la Compagnie Renaud-Barrault en 1946. Soucieux de la diffusion de la musique contemporaine et de lfévolution des rapports du public et de la création, Pierre Boulez, fonde en 1954 les concerts du Domaine musical (qu'il dirige jusqufen 1967), puis en 1976 l'Institut de Recherche et Coordination acoustique/musique (IRCAM) et lfEnsemble intercontemporain. Parallèlement, il entame une carrière internationale de chef dforchestre et est nommé en 1971 chef permanent du BBC Symphony Orchestra et directeur musical du New York Philharmonic Orchestra.

Professeur au Collège de France de 1976-1995, Pierre Boulez est l'auteur de nombreux écrits sur la musique. Il quitte la direction de lfIRCAM en 1992 et se consacre à la direction d'orchestre et à la composition.

Il dirige les meilleurs orchestres du monde et est régulièrement invité dans tous les grands festivals. Lfannée de son 70e anniversaire est marquée par une tournée mondiale avec le London Symphony Orchestra, et la production de Moïse et Aaron à lfOpéra dfAmsterdam dans une mise en scène de Peter Stein. Invité au Festival dfArt lyrique dfAix-en-Provence en juillet 1998, il dirige une nouvelle production de Barbe Bleue de Bartók en collaboration avec la chorégraphe Pina Bausch. Une grande série de concerts avec le LSO en Europe et aux Etats-Unis, mettant en perspective le répertoire orchestral du XXe siècle domine les huit premiers mois de lfannée de son 75e anniversaire. Compositeur en résidence au festival de Lucerne 2002. Il dirige en 2003/4 le triptyque Renard, Tréteaux de Maître Pierre et Pierrot lunaire dans une mise en scène de Klaus Michael Grüber au Festival dfArt lyrique d'Aix-en-Provence et aux Festwochen de Vienne. Revient à Bayreuth en 2004 et 2005 pour y monter Parsifal, mis en scène par Christoph Schlingensief.

L'année de ses 80 ans est marquée par de nombreux hommages et célébrations qui accompagnent ses tournées de concerts. Se retire quelques mois consacrés à la composition. Il reprend ses nombreuses activités en été 2006.

Tout à la fois compositeur, auteur, fondateur et chef dforchestre, Pierre Boulez se voit décerner les distinctions telles que Prize of the Siemens Foundation, Leonie Sonning Prize, Praemium Imperiale of Japan, The Polar Music Prize, le Grawemeyer Award pour sa composition sur Incises, le Grammy Award de la meilleure composition contemporaine pour Répons, et il est à la tête dfune importante discographie qufil développe en exclusivité avec Deutsch Grammophon depuis 1992. Son catalogue comprend une trentaine dfoeuvres allant de la pièce soliste (Sonate pour piano, Dialogue de lfombre double pour clarinette, Anthèmes pour violon) aux oeuvres pour grand orchestre et choeur (Le Visage nuptial, Le Soleil des eaux) ou pour ensemble et électronique (Répons, ...explosante-fixe...). Ses dernières compositions sont sur Incises, créée en 1998 au Festival dfEdimbourg, Notations VII, créée en 1999 par Daniel Barenboïm à Chicago, et Dérive 2.


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