Le Championnat de Brass band
Le 19 novembre
dernier dans lfauditorium du CNR de Paris et devant un parterre archi comble se
sont déroulées les épreuves du championnat de brass band. Pour cette troisième
édition orchestrée avec minutie par Michel Pierrot, six formations étaient en
lice : Brassage Brass-band, Brass band Sagona, Brass-band Atout Vent, Orcheste
de cuivres dfAmiens - brass-band, Brass-band Aeolus, Brass band Normandie.
Le jury derrière paravent composé de messieurs Markus S.
Bach, Jappie Dijkstra et Guy Touvron ont attribué six premiers prix.
Félicitations à tous les musiciens et souhaitons tous nos
vœux au Brass band Aeolus champion national 2006 qui représentera
la France au concours européen de lfEBBA en avril prochain.
Quelle a été la
motivation pour créer le Brass Band Aeolus ?
Bastien Stil : Après
avoir découvert le brass band au sein du Brass Band Normandie, quelques
musiciens et moi-même nous sommes retrouvés au CNSM ainsi qufà lforchestre des
Gardiens de la Paix. Les rencontres de ces dernières années nous permettaient
dfimaginer un brass band eidéalf qui ferait office de locomotive, tant au
niveau amateur que professionnel. Il ne faut pas oublier qufalors, ce milieu
nfadhérait pas, pour la grande majorité, au développement des brass bands en
France, sous prétexte de «tradition» anglo-saxonne. Un à priori très vite
écarté dès qufon se penche sur les nomenclatures dforchestres à vent avant la
seconde guerre mondialec
Le changement devait
donc venir de la nouvelle génération. La rencontre avec Clément Saunier fut
décisive. Les principes de travail du brass band correspondaient en tous points
avec sa grande expérience des concours de haut niveau, que ce soit en soliste
ou avec son ensemble Trombamania : rigueur, régularité, travail personnel
et collectif, discipline et exigence. Dfaccord sur le fond, tout prit corps
rapidement, les trompettistes volontaires pour jouer le « ténorhorn », les
« chefs » des différents pupitres, les instruments, partitionsc Les
brass bands Normandie et Nord-pas-de-Calais ont alors toujours été disponibles
pour nous prêter partitions ou instruments.
Le plus dur pour la
formation étant encore que cela durec Pour cela il fallait : 1) un
répertoire ambitieux et motivant pour tous quel que soit son poste ; 2) aucun
malentendu sur lfargent : toute rentrée rapportée par la vente de concerts
servirait à couvrir les frais de partitions, de déplacements, dfhébergement
pour les concours ; 3) lfoccasion de se réunir entre amisc
Plein feu sur le
Brass Band Aeolus
Vainqueur pour la
troisième fois au Championnat de brass band,
nous nous devions
dfen savoir plus sur lforchestre Aeolus.
Bastien Stil, à la directioon de ce brass band nous le fait
découvrir.
Le brass band Aeolus
étant constitué de musiciens professionnels, comment fonctionne-t-il ?
B. S. : Cet
orchestre résultat dfun élan collectif, fonctionne de manière la plus
collective. Chacun met ses qualités au service de lfensemble. Chaque pupitre a
son responsable qui sfassure de la présence de tout le pupitre et qui, le cas
échéant, organise le (s) remplacement (s). Il va aussi organiser les
répétitions de détail du pupitre. Quant à mon rôle, il est tout aussi décisif
que la deuxième partie des cornets 3 ! Au vu de lfextrême méconnaissance
du travail en pupitre, de ses règles, de ses réflexes, nous sommes en
permanence dans un travail de découverte et dfapprentissage de ces techniques
de jeu collectives.
Connaissant déjà
certaines exigences du travail du brass band, jfai tout de suite imposé une
répétition hebdomadaire, finalement calée le lundi matin, moment le plus
susceptible dfêtre libre, par rapport aux répétitions dforchestres ou aux
cours. Il est intéressant de noter que les aléas de cette organisation sont
très proches de ce que nous voyions dans les orchestres dfharmonie amateurs où
nous avons tous commencé !
Ainsi, notre force est également notre faiblesse : lfavantage
que nous donne la rapidité avec laquelle nous pouvons «monter» les
différents répertoires peut très vite se perdre dans
lfindisponibilité professionnelle de chacun. Pour être précis,
hormis les euphoniums, les trombones et le bugle, aucun instrumentiste
nfa lfoccasion de pratiquer lfinstrument qufil joue au brass en dehors
des «répéts» du brass !
Loin dfêtre
négligeable, cela nous freine significativement dans la construction dfun son
dfensemble constant dans sa qualité et son équilibre. Je déplore dfailleurs
lfabandon de lfétude du cornet dans nos conservatoires, alors que la radicale
différence de conception de jeu qui le sépare de la trompette mérite largement
une étude spécifiquec(qui nous ferait gagner beaucoup de temps en répétition).
Quelles sont vos
motivations ?
B. S. : Les
concours, tout au long de lfannée, sont notre moteur. Dfailleurs, si nous
possédions les moyens financiers, nous participerions à bien plus de concours
que nous ne le faisons actuellement ! Et ce, pour plusieurs raisons :
le concours fait partie intégrante de la vie du brass band ; loin dfêtre
perçu comme une sanction, il est comme un tuteur tout au long de la vie du
brass qui permet dforienter le travail efficacement. Les concours sont pour les
membres dfAeolus (professionnels ou grands élèves) lfoccasion de prolonger, ou
de retrouver, les bienfaits de ce genre de préparation intensec
Pour ce qui est des
concerts, nous réussissons à nous produire à peu près une douzaine de fois par
an, ce qui représente quasiment un maximum, étant donné qufils se déroulent
forcément à des périodes où nous sommes nous-mêmes déjà sollicités
professionnellement. Tous les musiciens jouant bénévolement pour Aeolus, il est
impossible raisonnablement, de les solliciter encore plus (je mfinclus bien
évidemmentc), Beaucoup dfentre eux sacrifiant déjà pour certaines préparations
importantes de concours, tout ou partie de cachets qufils auraient du
gagner professionnellement !
Ces rentrées
dfargent étant cependant insuffisantes afin de couvrir tous les frais, beaucoup
dfentre eux en sont de leur poche pour que ce projet continue. Je nfai devant
moi que des gens passionnés dévoués et travailleurs, avec comme seul objectif
de présenter un résultat le meilleur qui soit, dans le seul intérêt de la
musique ! La parfaite définition dfun orchestre dfamateurs ?...
Après trois ans
dfexistence pour Aeolus et le succès aux 3 championnats de brass bands
organisés par CMF, quel objectif pour lfavenir?
B. S. : Le concours national, étape essentielle, ne peut être
une fin en soi. Et trois ans dfexistence, cfest très jeune. Ce
qui est certain, cfest qufAeolus ne doit pas être un énième
ensemble de haut niveau qui ne parvient pas à lfâge de la
maturité. Ainsi, outre les différents concours qui vont venir
(le concours européen à Birmingham en mai prochain), lfautre
défit consiste à sensibiliser les acteurs pédagogiques
des perspectives de développement de la pratique des cuivres (tant
en nombre qufen qualité) et ce dans une perspective de pratique
amateur ou professionnelle grâce aux classes de brass band au sein
des conservatoires. Clément Saunier a ainsi pu, avec le soutien
inconditionnel de M. Mancone, directeur du conservatoire du XIIIe arrondissement,
ouvrir une première classe junior de brass band, avec la véritable
nomenclature ! Dfautres vont sfouvrir à Paris et en proche
banlieue. Nous soutenons également les initiatives à lfimage
du brass band « Brassage ». Le jour où cette
génération intégrera notre formation, cela signifiera
que 10 fois plus de personnes auront été sensibilisées, convaincues, et
que le brass band aura sa place dans le milieu musical pédagogique
français. Cfest la seule chose qui compte finalement pour
la continuité.
Et vos projets
immédiats...
B. .S. : our ce qui est de lfavenir proche de notre formation, nous allons
sortir dans le courant du premier semestre 2007 notre premier CD, qui
sera un peu comme un bilan de ces trois années denses en évènement.
Nos prochaines productions seront plus originales et changeront de la traditionnelle conception
anglo-saxonne du CD de brass band.
Nous sommes
également invités au festival de musique à vent de Chiayi, Taïwan, à partir du
26 décembre, où nous serons le premier brass band invité, ainsi que la
première formation française invitée ! Nous complétons cette tournée par
deux concerts à Taichung et enfin Taipei le 2 janvier.
Enfin, nous
irons représenter la France au championnat européen de brass band de Birmingham
les 4 et 5 mai. Ce sera notre deuxième participation à ce concours. Pour
mémoire, au concours 2005, notre performance a été plus que remarquée et
saluée, que ce soit par le public, que par les journalistes Anglais les plus
reconnus (articles en anglais et notes finales pour toutes les sessions des
années passées disponibles sur le site www.4barsrest.com
En résumé, cette
dernière place est essentiellement due à une pièce au choix, passée de mode, la
pièce imposée nous plaçant avant-dernierc Cfétait la première fois qufun brass
français avait toute sa place dans la catégorie la plus haute du championnat
européen et ce fut une belle récompense pour lfadmirable travail de tous les
musiciens dfAeolus à cette occasion.
Comment voyez vous
lfévolution du brass band français ?
B. S. : La grande
majorité des brass bands français se sont créés depuis peu, il est difficile de
se projeter. Cela démontre en tout cas la réelle vitalité des cuivres (que lfon
donnait fléchissant, il y a peu !) et le réel intérêt que cette
formation suscite. Et il faut encourager sans aucune réserve toutes les
initiatives.
Pour consolider le mouvement et lui donner la place qufil mérite
vraiment, tous ces nouveaux orchestres devraient cependant participer au
concours national. Ce rendez-vous, loin dfêtre une sanction, est
un moment privilégié pour se rencontrer, sfépauler
en partageant ses expériences, en faisant des échanges, en
se réunissant pour organiser des master class régionalesc
Ce qui manque pour dynamiser le mouvement, cfest un réseau structuré.
Il faut remercier la CMF dfavoir accepté de nous donner une structure
identifiable nationalement et surtout, internationalement ! Pour lfanecdote,
avant que la CMF nforganise le premier concours, je demandais à
un des responsables européens quelle image il avait du jeune mouvement
brass band en France. Il avait alors fait allusion à la vie tumultueuse
dfun certain village gauloisc Et il ne comprenait pas comment on pouvait
à ce point mettre lfintérêt de son seul ensemble au-dessus
du développement commun par le biais dfune fédération
nationale.
Tant que les conflits dfintérêts prendront plus de temps
que la structuration dfune fédération équitable et
saine de tout parti pris, la CMF restera la seule garantie dfune structure,
dfune large diffusion au plus près des musiciens amateurs et lfassurance
pour les instances européennes dfun respect de leur règlement.
Mais je pense que
pour le développement des brass bands il est inévitable qufune fédération de
brass band française indépendante se crée à moyen terme, à lfimage de nos
voisins européens.
Ainsi, notre
participation au concours européen, suite à notre titre de champion de France,
ne bénéficie dfaucun soutien financier, contrairement aux autres
fédérations européennes et nous cherchons actuellement des sponsors et
mécènes pour faire aboutir ce projet.
Entretien Christine
Bergna