cmf journal
Immatriculé conception,
oeuvre pour tuba
et brass band
de Daniel Casimir avec François Thuillier


J.CMF : Pour la première fois vous vous tournez vers le brass band, quelle a été votre motivation ?

François Thuillier : Ces dernières années, jfai créé cinq concertos pour harmonie et il mfa semblé intéressant de faire avancer le répertoire du tuba avec celui des brass bands. Jfai donc passé commande à Daniel Casimir que je connais depuis une quinzaine d'année et avec qui je joue en trio avec Serge Adam depuis 1995. Jfai ensuite lancé un appel dfoffre et Philippe Gervais, à la tête du brass band Normandie a été le premier à répondre. Cfest donc avec le brass band Normandie que se fera la création le 20 janvier prochain.

 

Quel était le cahier des charges ?

F. T. : Par expérience, jfai constaté qufune œuvre trop longue demande un investissement considérable en temps pour un orchestre amateur, jfai donc souhaité une pièce assez courte. Ce concerto pour tuba improvisateur et brass band dure vingt minutes et porte le titre dfImmatriculé conception.

Daniel Casimir : Lfexplication du titre peut donner des pistes quant à lfesprit de la pièce .cc écrite pour François, jfai utilisé les spécificités particulières qufil développe en improvisation, comme les multiphoniques (chanter et jouer en même temps) ; son amour pour le compositeur Gustave Mahler à qui je rends hommage dans un court passage ; un rappel au folklore de lfEurope de lfEst que François affectionne.

En faisant le point sur ces éléments, jfai constaté qufil y avait là tout un concept et le titre Immatriculé conception sfest imposé...

 

Quelles ont été les étapes de la création ?

D.C. : Nfayant jamais écrit pour brass band, jfai commencé par rechercher le plus grand nombre dfinformations : les particularités, la sonorité ... Puis a suivi lfécriture. Si lfidée au départ était dfélargir le répertoire du brass band, jfai souhaité qufil évolue dans le plaisir avec des parties groove très rapides. Globalement la pièce nfest pas dfune grande difficulté pour lforchestre, néanmoins certains passages demanderont plus de travail.

F. T. : Le mot groove sous-entend le swing binaire dfaujourdfhui, avec un côté festif, funk et groove au tuba où il y a une part dfimprovisation et dfécrit... lfœuvre est vraiment moderne et «tire» vers la musique actuelle avec des passages un peu rap.

 

Avez-vous rencontré des difficultés à écrire pour brass band ?

D. C.: Etant tromboniste, je connais bien tous les cuivres du brass band et les timbres ne sont pas nouveaux pour moi. Lfassemblage est un peu particulier.

Si au début, jfai eu le besoin dfécouter des enregistrements, jfai vite arrêté afin dféviter les automatismes et certaines formules bien en place par tradition voire le 7/8 que jfai banni dans ce concerto.

 

Cfest-à-dire...

D.C. : Jfai essayé dfêtre conscient du eson brass bandf mais en lfutilisant de façon personnelle. Certains passages sont un peu echoralienf et mettent en valeur les timbres les plus chauds du brass band, dfautres sont plus orchestraux... il y a même la possibilité de rajouter un DJ... si lforchestre le souhaite.

 

Comment percevez-vous le mouvement brass band en France ?

F. T.: Le brass band comme l'orchestre d'harmonie ou la batterie fanfare est une bonne école pour les jeunes musiciens.

Tout orchestre est une équipe où l'on vit ensemble, on joue ensemble et on voyage ensemble ; il y a beaucoup de similitudes avec une équipe de sport !

A l'exemple du très dynamique orchestre de cuivres d'Amiens dirigé par Eric Brisse, un brass band junior a vu le jour, ce qui permettra "d'alimenter" le grand dans quelques années.

 

Comment se situer par rapport à ce courant dfinfluence anglo-saxonne ?

F. T.: Que ce ne soit pas une spécificité française, nfest pas un problème si la musique est de qualité. Mais le brass band français doit pouvoir trouver sa couleur. Les compositeurs français doivent écrire un répertoire différent du répertoire anglais, belge, hollandais ou suisse...

La rigueur qui est de mise pour les concours en Angleterre et sur laquelle nous nous alignons me semble un point intéressant même si parfois outre-Manche cela est poussé à lfextrême.

Jfémettrais cependant un seul petit regret, le risque, avec ce nouveau courant, dfoublier les ensembles de cuivres, spécificité typiquement française.

Quel est votre point de vue par rapport à lfharmonie ?

F. T. : Je pense que ce sont deux orchestres bien différents qufil est difficile localement de développer simultanément. Il faut rappeler que les harmonies font partie de ses rares formations qui mettent en valeur tous les instruments à vent, cuivres, bois et percussions confondus.

Les couleurs d'un orchestre d'harmonie sont riches, les mariages de timbre sont nombreux et dans l'orchestre d'harmonie il y a tous les instruments du brass band !

 

Comment se porte le tuba ?

D. C.: Je suis dforigine allemande et à mon arrivée en France, jfai été frappé par le niveau exceptionnel des tubistes. Il y a presque deux générations de musiciens qui ont fait ebougerf lfinstrument.

F. T. : Nous devons beaucoup à Marc Steckar qui a eu une démarche musicale exemplaire. Il a osé monter un quatuor de tuba avec piano et batterie (Steckar Tubapack) qui a tourné pendant 23 ans avec des centaines de prestations. Il a su innover et proposer des véritables spectacles avec toutes sortes d'orchestres ; des l'harmonies aux big bands en passant par les bagads... À ma sortie du conservatoire de Paris, j'ai eu la chance d'apprendre mon métier avec le Tubapack et jfy ai joué pendant 12 ans. Cela a été déclencheur pour moi. Lfun de mes premiers concerts dans le cadre du festival de jazz de Mulhouse en 1989 a été déterminant dans mon choix entre classique et jazz.

 

Vos projets...

D. C.: En décembre sortira lfenregistrement de mon concerto pour trompette et orchestre dfharmonie avec Bruno Nouvion soliste à lfOrchestre philharmonique de Radio France et lfOrchestre des Gardiens de la Paix, direction Philippe Ferro. Ce concerto est composé de 3 mouvements éécrits pour 3 instruments : trompettes si bémol, bugle 4 pistons et trompette piccolo. Ce concerto de 50 minutes est à lforigine une commande dfétat, créé en janvier 2004 par lfharmonie dfHéricourt. Ce concerto sfadresse aux harmonies de haut niveau.

Une suite pour trompette solo et une pièce pour trompette piccolo et marimba viendront compléter le C.D..

F. T.: De nouveaux enregistrements sont préévus avec la Musique des Gardiens de la Paix pour 2007 et nos concerts se poursuivent avec lfEuropéan tuba trio et le Brass trio. Jfai aussi d'autres projets avec le Mega tuba orchestra (mes élèves du CNR dfAmiens, notamment un disque qu'on vient d'enregistrer avec des invités (Jérémie Dufort, Anthony Caillet et Trio d'Vie), CD qui sort à Noël.

 

Quel est le rôle du professeur...

F. T.: Le professeur de musique est avant tout un musicien, le professeur doit rester musicien et un musicien doit jouer ! ... donc jouer c'est prendre et donner du plaisir sur scène. Cfest le meilleur enseignement. Lfélève a besoin de evoir jouerf pour comprendre et apprendre et jfen suis convaincu.

 

En guise de conclusion...

F. T.: Le monde des tubas ebougentf énormément en France. Des projets plus ou moins importants se montent un peu partout et c'est très bien, vive le Groove !

D. C. : Jfai eu grand plaisir à écrire sur mesure pour François et pour le brass band. Jfai essayé de relever le chalenge en étant un peu différent. Lfambition artistique est là, tout en restant très accessible. Je souhaite procurer aux musiciens du plaisir et jfespère que de nombreuses formations auront envie de découvrir et travailler cette nouvelle œuvre...


Propos recueillis par Christine Bergna



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