Vous avez été lfélève de Daniel Deffayet, que pensez-vous de lfécole
française de saxophone aujourdfhui...
Bruno Totaro : Lfécole française du saxophone reste une école pilote dans le monde entier même si
actuellement dans de nombreux pays sfaffirment dfautres écoles de saxophone.
Dfune manière générale, les diverses écoles du saxophone à travers le monde, y
compris lfécole française, empruntent des chemins très diversifiés. Je pense
que cette diversité contribue à enrichir lfinstrument. Tous les langages, les
styles, les esthétiques musicales doivent pouvoir sfexprimer afin de valoriser
et faire reconnaître pleinement les possibilités illimitées du saxophone au même titre que les autres
instruments. On remarque dfailleurs un intérêt croissant des compositeurs
notamment en musique
contemporaine.
Un répertoire est à créer...
B. T. : Les saxophonistes doivent travailler étroitement avec les
compositeurs pour poursuivre les efforts de développement du répertoire afin
que le saxophone acquière sa vraie place au sein de la musique.
Cette démarche vous a conduit à réaliser ce CD ?
B. T. : Jfai souhaité tout
dfabord présenter des pièces en première création discographique puis faire
connaître deux compositions écrites spécialement pour cet enregistrement. Le
Concerto Grosso dfArmando Ghidoni et Triptykasos de Jean-Pierre Pommier. Je connaissais de longue date les compositeurs et cela a permis de
travailler en étroite collaboration. Leur esthétique et ma personnalité en tant
que musicien ont pu sfexprimer et trouver une parfaite cohésion.
Comment ce disque a-t-il été conçu ?
B. T. : Jfai eu lfidée de
réaliser ce disque à partir du Concerto pour saxophone alto et orchestre à
cordes dfArmando Ghidoni que jfai joué lors dfune tournée en Italie. Cette
œuvre mfa beaucoup plu par la beauté de son écriture et sa richesse musicale.
Quand a germé lfidée du CD, Armando Ghidoni mfa proposé dfécrire pour
lfenregistrement, un Concerto grosso pour saxophone, piano et orchestre à
cordes. La forme du concerto grosso y est pleinement exploitée au niveau de
lfécriture instrumentale et lfesthétique musicale. Cette œuvre est superbe,
très bien élaborée musicalement et va au bout des possibilités de chaque
instrument. Je suis très content dfavoir créer cette œuvre qui sans nul doute
marquera le répertoire du saxophone. Cfest aussi une manière originale de
présenter le Duo Unissons* à travers cet enregistrement.
Une troisième pièce dfArmando Ghidoni figure sur ce CD, Far West
Aventure, écrit à lforigine pour saxophone et piano. Dans un style différent,
cette pièce descriptive raconte une histoire qui se passe dans lfOuest
américain. La musique fait appel au ragtime et au blues inspirés des musiques
swing américaines.
Parlez-nous de Triptykaxos de Jean-Pierre Pommier...
B. T. : Cette œuvre est également très intéressante. Colorée et riche
de mille émotions, elle exprime tour à tour joie, mélancolie, dynamisme,
fougue, voire agressivité, dans un langage musical et technique toujours
parfaitement adapté au fil du discours musical. Jean-Pierre Pommier est pour
moi un peintre de la musique. L'idée du triptyque fut vite retenue car
séduisante par sa forme et par la possibilité ainsi offerte au soliste de
mettre en valeur les sonorités spécifiques des trois saxophones (saxophones
alto, ténor et soprano). Triptykaxos, composé de trois parties, fait appel à un
instrument différent pour chaque mouvement et cela donne à lfœuvre une
diversité et une richesse de timbre très colorée. En effet, la forme générale
choisie pour ce triptyque est, grosso modo, evif lent viff. De ce choix formel
découle le choix des timbres en fonction des caractères des instruments.
L'orchestre à cordes vous accompagne, c'est un choix ?
B. T. : Les enregistrements avec orchestre à cordes sont peu nombreux
et le son de cet orchestre à la fois suave et riche se marie parfaitement avec
celui du saxophone. Il y a un contraste très intéressant entre les deux
epersonnagesf qui peuvent se
confondre et se détacher en même temps et les combinaisons sont illimitées.
Lfensemble C dfAccord, ensemble à géométrie variable sous la direction
artistique de Jean-Pierre Pommier, était dirigé pour lfenregistrement par
Jacques Pési, chef de lforchestre Opus 16 et directeur du CNR dfAngoulême.
Le CD se termine avec Hora staccato de Grigorias Dinicu...
B. T. : Cette pièce est un arrangement pour saxophone et orchestre à
cordes. Cfest un peu une signature personnelle, comme un bis. Composée en 1906
par Grigorias Dinicu (1889-1949) compositeur et violoniste roumain né et mort à
Bucarest, Hora Staccato fut tout dfabord composé pour le violon. Cette pièce
est dfune grande virtuosité, au tempo très enlevé avec, comme son nom
lfindique, une technique de détaché poussée à lfextrême, dans laquelle je me
sens à lfaise.
Opus sax est votre premier enregistrement en tant que soliste...
B. T. : Oui, cfest mon premier enregistrement en tant que soliste classique et je pense que cfétait
vraiment le moment de le faire. Je suis dans une bonne dynamique et jfenvisage
de renouveler cette expérience...
Vous restez cependant très attaché à lforchestre dfharmonie...
B. T. : Je suis saxophoniste soliste à lfOrchestre dfharmonie de Vichy
qui a une saison très riche avec pas moins dfune vingtaine de concerts par an.
Je dirige aussi le Big band des jeunes musiciens de lfAllier, et lfOrchestre
dfharmonie de Thiers, après un passage de cinq années à la tête de lfOrchestre
départemental dfharmonie de lfAllier.
Lforchestre dfharmonie est une formation au sein de laquelle le saxophone
a vraiment trouvé sa place en pupitre (de lfalto au baryton) ou
en soliste. De nombreux concertos ont été écrits pour
saxophone et harmonie et jfenvisage de poursuivre cette démarche
de création. Dfailleurs je pense enregistrer prochainement avec
harmonie.
Vos projets ?
B. T. : Je pars en tournée en Italie en juillet avec un répertoire pour
saxophone et orchestre à cordes et plusieurs concerts.
Il y aura une présentation dfOpus Sax dans les Établissements Selmer à
Paris le 20 septembre prochain à lfoccasion dfune exposition photographique autour
dfArmando Ghidoni.
Propos recueillis par Christine Bergna
* Le Duo Unissons
Depuis 1989, Bruno Totaro se produit régulièrement avec sa femme
Marie-Hélène (Duo Unissons), diplômée de la Schola Cantorum, dans la classe de
Gaby Casadesus, et du CNR de Clermont-Ferrand, dans la classe de Josette
Lavallée-Lagardère.
Outre le répertoire traditionnel pour saxophone et piano, le Duo
Unissons travaille régulièrement avec des compositeurs actuels. Il est
dédicataire de nombreuses œuvres pour saxophone et piano qui ont toutes fait
lfobjet de premières créations musicales au cours des nombreux concerts qufil a
donnés en France et en Italie.
Opus Sax
Bruno Totaro, saxophone
Marie-Hélène Totaro, piano
C dfAccord, ensemble instrumental,
direction Jacques Pési
Œuvres pour saxophone et orchestre à cordes : Concerto pour saxophone
alto et orchestre à cordes dfArmando Ghidoni ; Far West Aventure pour saxophone
alto et orchestre à cordes dfArmando Ghidoni ; Concerto Grosso pour saxophone
alto, piano et orchestre à cordes dfArmando Ghidoni ; Triptykaxos pour
saxophones alto, ténor et soprano successifs de Jean-Pierre Pommier ; Hora
Staccato pour saxophone alto et orchestre à cordes de Grigorias Dinicu.
Le disque Opus Sax est disponible auprès de Bruno Totaro : tél.:
06 63 99 89 17 ; courriel : bruno.totaro@free.fr ; site (en cours de réalisation) : www.bruno-totaro.fr
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Biographie
Bruno Totaro, né en 1966, a débuté le saxophone à lfâge de 9 ans dans
sa ville natale, Paray-le-Monial, avant de poursuivre ses études au CNR de
Dijon dans la classe de Jean Arnoult en 1979. Il y obtient quatre ans plus tard
trois médailles dfOr (saxophone, formation musicale et déchiffrage) et réussit
la même année le concours dfentrée du CNSM de Paris et intègre la classe de
saxophone de Daniel Deffayet à 17 ans. Il obtiendra en 1986 le premier prix.
Dans la même période, il obtient plusieurs prix de concours nationaux
et internationaux : le 2e prix et prix du public du Concours national dfAix-les-Bains
; le 1er prix dfhonneur du concours de lfUFAM, il est lauréat du Concours
international des jeunes artistes musiciens de San Angelo (USA).
Bruno Totaro a joué plusieurs années dans le Quatuor de saxophones
eAdolphe Saxf de Paris, avec Claude Delangle, Jean-Paul Fouchécourt et Jacques
Baguet, avec lesquels il a enregistré un disque de musique française pour
saxophone. Il est régulièrement invité comme saxophoniste au sein des
orchestres nationaux (Orchestre national de Lyon, Orchestre national du Capitole
de Toulouse, Orchestre de la Scala de Milan...) et a joué sous la direction de
Jean-Sébastien Béreau, Luciano Berio, Enrique Diemecke, Emmanuel Krivine, Alain
Lombard, Wayne Marshall, Michel Plasson, David Robertson, Pascal Rophé...).
Bruno Totaro sfest produit en soliste ou au sein de diverses formations
orchestrales et de musique de chambre dans de nombreux pays (Algérie,
Allemagne, Espagne, États-Unis, Italie, Norvège, Suisse...) et dans les
festivals : Avignon, La Chaise-Dieu, La Côte St André, Montreux, Orange,
Ravenne, Vienne...
Bruno Totaro enseigne à lfEcole nationale de musique de Vichy. Il est également saxophoniste solo de
lfOrchestre dfharmonie de Vichy. Depuis 1997, il dirige le stage dfété du Big
band des Jeunes musiciens de lfAllier, dans le cadre de son activité à lfENM de
Vichy.
Titulaire du DE de direction dfensembles à vent, Bruno Totaro a dirigé
lfOrchestre départemental dfharmonie de lfAllier (2001 à 2005), et dirige
actuellement lfHarmonie de Thiers. Il a dirigé pendant plus de dix ans
plusieurs big bands de jazz (Vichy Jazz Orchestra, European Saxophone Orchestra
et Swing Orchestra) avec lesquels il a enregistré deux CD, notamment des
standards du Glenn Miller Orchestra et des orchestres américains des années
swing.