Comment vous est venu lfAmour de la
Musique ?
Tout naturellement. Originaire du Nord, de Waziers près de Douai,
plus exactement à cinq ans j'écoutais déjà
les retransmissions des concerts de Radio Lille. Devant le poste, je battais
la mesure. A sept ans, jfannonçais à mon père que
je voulais être musicien. Sans plus tarder, je rentrais au conservatoire
de Douai, là où Henri Dutilleux a fait ses études.
Trois fois par semaine, je suivais les cours de solfège. Dure école-
les rythmes, les clés, les dictées musicales-. Il fallait
sfaccrocher, mais jfaimais !
A huit ans, je faisais mes premiers arpèges au
piano et je commençais lfécriture (harmonie, fugue, contrepoint) avec le
directeur Monsieur Gallois.
Pourquoi la trompette ?
Pour faire partie de lforchestre dfharmonie, il me fallait choisir un instrument entre le cor, le hautbois, la trompette. Mon choix a été vite fait. La trompette était lfinstrument le moins cher. Je prenais beaucoup de plaisir à travailler avec M. Gigot, le professeur (poses de son, gammes, études). Sur ses conseils, je faisais mes premières armes à lfharmonie des mines de Waziers. Tous les professeurs de conservatoire tenaient les postes de solistes. Pour moi, ces moments restent inoubliables, Cavalerie légère, Poète et Paysan de Suppé ! Pour apprendre à jouer ensemble, cfest la meilleure école.
Dans la foulée à quinze ans, je rentrais au
Conservatoire national de Paris dans la classe de Maître Eugène Foveau.
Jfobtenais mon premier prix en 1944. Nous étions nombreux à venir du Nord. Je
pense à Maurice Allard, bassoniste, Pierre Pierlot, hautboïste.
A cette époque nous étions en pleine période
de guerre. Mon père était alors en captivité en Allemagne. Il me fallait songer
à gagner ma vie pour continuer mes études. Je faisais des remplacements dans
les music halls, tels Bobino, le Moulin rouge, le Tabarin. Jfai accompagné les
plus grandes vedettes : Edith Piaf, Charles Trenet. Jfai connu Maurice
Chevalier, Jacques Pili, Raymond Legrand.
Et après, chef dforchestre ?
Jfai eu la chance de conduire lforchestre du
Conservatoire, grâce à une bourse de la fondation Straram, consacrée à la
recherche de jeunes talents. Jfai dirigé toutes les symphonies de Beethoven
sous le regard et lforeille attentive dfOlivier Messiaen, dfAndré Cluytens, le
grand chef dforchestre. Ils mfont vivement encouragé à continuer. Je mfétais
alors le pied à lfétrier.Une belle histoire commençaitc
Quels conseils donneriez-vous à un jeune chef
dforchestre ?
Des bases solfégiques très solides, une bonne
oreille, des études accomplies dans des classes dfécriture, une culture
générale.
La définition du chef : un interprète au service de
la Musique avec pour instrument lforchestre. Quant à la direction
dforchestre, elle ne sfapprend pas, la baguette jouant un rôle
secondaire. Certes on en a besoin pour affiner la précision, mais
cfest tout. Dans cette affirmation, je nengage que moi.
Il convient dfavantage dfavoir un certain don pour faire passer ses émotions,
sa sensibilité, sa musicalité. Je crois beaucoup aux ondes,
un regard, une respiration et votre message passe. Cfest magique. Devant
les musiciens, il faut une bonne dose de psychologie – ce que je
navais pas quand jfétais jeune, mais lfâge aidantc
A la Scala de Milan, voua avez connu Maria
Callasc
Maria Callas était une artiste éblouissante.
La femme était exceptionnelle par sa simplicité, sa spontanéité. Elle ne
ressemblait pas à la Diva capricieuse qufon a souvent décrite. Grande
tragédienne, elle était au-dessus des autres.
Vous avez dirigé la philharmonie de Berlin,
Parlez-nous dfHerbert Von Karajanc
J'ai été plusieurs fois lfhôte de Karajan à
Vienne, Berlin. En 1989, pour son 81e anniversaire, il m'invita à diriger la Tosca dans une nouvelle production au festival dfété de Salzbourg. A Pâques je rencontrais le Maestro pour évoquer sa propre mise en scène de lfopéra de Puccini. Après avoir parlé brièvement de lfœuvre, nous avons passé beaucoup de temps à parler de bateaux, dfavions, lui de son Jet, moi, du petit zinc à hélice que je pilotais.
Nous nous donnions rendez-vous en juillet pour
la première Tosca. Hélas, lorsque je suis arrivé à Salzbourg le 17 juillet
1989, ce fut pour apprendre que Karajan était mort la veille.
A la tête du Philharmoniker de Vienne, dans la
grande salle du Musikverein, vous allez diriger le concert du Nouvel An 2008,
le plus populaire du mondec
Je suis ravi dfautant que ce sera la première fois qufun chef français dirige cet évènement musical planétaire. Je me sens très à lfaise avec les musiciens. Jfy ai dirigé Brahms, Mahler, Bruckner, bientôt Johann Strauss... le Danube bleu, la Valse de lfEmpereur à la fois noble, distinguée, voluptueuse. Ce nfest pas par hasard, si Wagner et Tchaïkovski ont admiré la famille Strauss et que Brahms fut un ami intime de Strauss fils.
Ce concert est plus difficile pour les
musiciens qufil nfen a lfair. Lfillusion de plaire nfest jamais facile à traduire.
Depuis toujours vous connaissez la Confédération musicale
de France, en ce début du XXIe siècle dans un monde secoué
par de profondes mutations a plus que jamais son mot à dire.
Je vous fais confiance et je ne peux que
féliciter et encourager les responsables de la CMF à continuer lfœuvre
entreprise. Il ne faut pas oublier que les artistes qui fleurissent nos orchestres
français et étrangers viennent tous de ce fantastique vivier.
J'ai eu le plaisir dfentendre un enregistrement de lforchestre national
dfharmonie des jeunes de la Confédération musicale de France.
Cfest splendide. Lforchestre sonne merveilleusement bien. Jfadresse
mes compliments à ces jeunes talents et au chef Claude Kaesmacher.
Ils méritent dfêtre connus sur la scène internationale.
Entretien avec Gorges Prêtre, le 30 mars 2007
à Louveciennes