cmf journal
Georges Prêtre
« le feu sacré dans sa splendeur »


présenté par Guy Dangain.



Comment vous est venu lfAmour de la Musique ?

Tout naturellement. Originaire du Nord, de Waziers près de Douai, plus exactement à cinq ans j'écoutais déjà les retransmissions des concerts de Radio Lille. Devant le poste, je battais la mesure. A sept ans, jfannonçais à mon père que je voulais être musicien. Sans plus tarder, je rentrais au conservatoire de Douai, là où Henri Dutilleux a fait ses études.
Trois fois par semaine, je suivais les cours de solfège. Dure école- les rythmes, les clés, les dictées musicales-. Il fallait sfaccrocher, mais jfaimais !
A huit ans, je faisais mes premiers arpèges au piano et je commençais lfécriture (harmonie, fugue, contrepoint) avec le directeur Monsieur Gallois.

Pourquoi la trompette ?

Pour faire partie de lforchestre dfharmonie, il me fallait choisir un instrument entre le cor, le hautbois, la trompette. Mon choix a été vite fait. La trompette était lfinstrument le moins cher. Je prenais beaucoup de plaisir à travailler avec M. Gigot, le professeur (poses de son, gammes, études). Sur ses conseils, je faisais mes premières armes à lfharmonie des mines de Waziers. Tous les professeurs de conservatoire tenaient les postes de solistes. Pour moi, ces moments restent inoubliables, Cavalerie légère, Poète et Paysan de Suppé ! Pour apprendre à jouer ensemble, cfest la meilleure école.
Dans la foulée à quinze ans, je rentrais au Conservatoire national de Paris dans la classe de Maître Eugène Foveau. Jfobtenais mon premier prix en 1944. Nous étions nombreux à venir du Nord. Je pense à Maurice Allard, bassoniste, Pierre Pierlot, hautboïste.
A cette époque nous étions en pleine période de guerre. Mon père était alors en captivité en Allemagne. Il me fallait songer à gagner ma vie pour continuer mes études. Je faisais des remplacements dans les music halls, tels Bobino, le Moulin rouge, le Tabarin. Jfai accompagné les plus grandes vedettes : Edith Piaf, Charles Trenet. Jfai connu Maurice Chevalier, Jacques Pili, Raymond Legrand.

Et après, chef dforchestre ?

Jfai eu la chance de conduire lforchestre du Conservatoire, grâce à une bourse de la fondation Straram, consacrée à la recherche de jeunes talents. Jfai dirigé toutes les symphonies de Beethoven sous le regard et lforeille attentive dfOlivier Messiaen, dfAndré Cluytens, le grand chef dforchestre. Ils mfont vivement encouragé à continuer. Je mfétais alors le pied à lfétrier.Une belle histoire commençaitc

Quels conseils donneriez-vous à un jeune chef dforchestre ?

Des bases solfégiques très solides, une bonne oreille, des études accomplies dans des classes dfécriture, une culture générale.
La définition du chef : un interprète au service de la Musique avec pour instrument lforchestre. Quant à la direction dforchestre, elle ne sfapprend pas, la baguette jouant un rôle secondaire. Certes on en a besoin pour affiner la précision, mais cfest tout. Dans cette affirmation, je nengage que moi.
Il convient dfavantage dfavoir un certain don pour faire passer ses émotions, sa sensibilité, sa musicalité. Je crois beaucoup aux ondes, un regard, une respiration et votre message passe. Cfest magique. Devant les musiciens, il faut une bonne dose de psychologie – ce que je navais pas quand jfétais jeune, mais lfâge aidantc

A la Scala de Milan, voua avez connu Maria Callasc

Maria Callas était une artiste éblouissante. La femme était exceptionnelle par sa simplicité, sa spontanéité. Elle ne ressemblait pas à la Diva capricieuse qufon a souvent décrite. Grande tragédienne, elle était au-dessus des autres.

Vous avez dirigé la philharmonie de Berlin, Parlez-nous dfHerbert Von Karajanc

J'ai été plusieurs fois lfhôte de Karajan à Vienne, Berlin. En 1989, pour son 81e anniversaire, il m'invita à diriger la Tosca dans une nouvelle production au festival dfété de Salzbourg. A Pâques je rencontrais le Maestro pour évoquer sa propre mise en scène de lfopéra de Puccini. Après avoir parlé brièvement de lfœuvre, nous avons passé beaucoup de temps à parler de bateaux, dfavions, lui de son Jet, moi, du petit zinc à hélice que je pilotais.
Nous nous donnions rendez-vous en juillet pour la première Tosca. Hélas, lorsque je suis arrivé à Salzbourg le 17 juillet 1989, ce fut pour apprendre que Karajan était mort la veille.

A la tête du Philharmoniker de Vienne, dans la grande salle du Musikverein, vous allez diriger le concert du Nouvel An 2008, le plus populaire du mondec

Je suis ravi dfautant que ce sera la première fois qufun chef français dirige cet évènement musical planétaire. Je me sens très à lfaise avec les musiciens. Jfy ai dirigé Brahms, Mahler, Bruckner, bientôt Johann Strauss... le Danube bleu, la Valse de lfEmpereur à la fois noble, distinguée, voluptueuse. Ce nfest pas par hasard, si Wagner et Tchaïkovski ont admiré la famille Strauss et que Brahms fut un ami intime de Strauss fils.
Ce concert est plus difficile pour les musiciens qufil nfen a lfair. Lfillusion de plaire nfest jamais facile à traduire.

Depuis toujours vous connaissez la Confédération musicale de France, en ce début du XXIe siècle dans un monde secoué par de profondes mutations a plus que jamais son mot à dire.

Je vous fais confiance et je ne peux que féliciter et encourager les responsables de la CMF à continuer lfœuvre entreprise. Il ne faut pas oublier que les artistes qui fleurissent nos orchestres français et étrangers viennent tous de ce fantastique vivier.
J'ai eu le plaisir dfentendre un enregistrement de lforchestre national dfharmonie des jeunes de la Confédération musicale de France. Cfest splendide. Lforchestre sonne merveilleusement bien. Jfadresse mes compliments à ces jeunes talents et au chef Claude Kaesmacher. Ils méritent dfêtre connus sur la scène internationale.



Entretien avec Gorges Prêtre, le 30 mars 2007 à Louveciennes





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