La passion ! Passion pour la musique, passion
pour lfinformatique, passion pour la littérature... Chez Jean-Philippe Fanfant,
tout est passion !
Homme de cœur au visage angélique, auteur dfun
ouvrage de référence : Les plus grands rythmes caribéens, batteur de la
Nouvelle Star, cfest sur le plateau de cette émission de M6, au Pavillon
Baltard, que cet artiste charismatique, humble et généreux, nous invite à
partager son eamour de la vief.
Bernard Zielinski : Jean-Philippe, à toi
lfhonneur de te présenter aux lecteurs de la CMF !
Jean-Philippe Fanfant : Jfai fait des études
scolaires classiques. Jfai un bac de gestion et jfai fait une année de droit à
la fac... Jfai toujours voulu faire de la musique. Mes parents étaient
musiciens, mon frère Thierry est bassiste. Jfai baigné dans le monde de la
musique très tôt. Enfant, je faisais de la musique en plus de mes études
scolaires. Un jour, je suis allé voir un groupe qui sfappelait Sixun avec un
batteur du nom de Paco Séry. Je lfai vu jouer et là je me suis dit : g
Jean-Philippe, il faut vraiment que tu travailles ! g Ce déclic mfa conduit à
vouloir faire le métier de musicien, donc je me suis mis à travailler
énormément mon instrument... Après la fac, jfai trouvé un stage de jeune emploi
service dans une école de musique. Jfavais un rôle dfassistanat auprès des
professeurs. Lfavantage de cette fonction était que jfavais beaucoup de temps
libre pour travailler mon instrument... Après je suis parti à lfarmée. Dès mon
retour du service militaire, jfai travaillé avec une chanteuse berlinoise,
Angélique Kidjo. Après avoir cosigné son premier succès aux USA, chez Island
Record qui était à lfépoque le label de Bob Marley, elle est venue vivre à
Paris et débute sa carrière internationale. À vingt-deux ans, nous nous sommes
retrouvés à faire une tournée mondiale...
Lfapprentissage musical est une période de la
vie inoubliable. Fais-nous part de cette période eintimef de ta vie !
Jfhabitais Dugny (93). Pendant quatre ans,
jfai pris des cours avec Patrick Despagne, plus connu dans le métier sous le
nom de Cacasse. Puis je suis allé voir Daniel Pichon à Paris pendant deux ans.
Jfai travaillé avec les méthodes Agostini, avec Advanced Funk Studies de Rick
Latham, avec Contemporary Drummer + One de Dave Weckl... Jfai intensivement
travaillé les rudiments de base, particulièrement le roulement et le moulin. Et
bien sûr, la lecture...
Le couple basse-batterie, véritable épine
dorsale dfun groupe, est indissociable. Qufattends-tu dfun bassiste ?
Jfai toujours eu la chance de travailler avec
dfexcellents bassistes. Je cite, en premier et pour cause, mon frère Thierry
Fanfant... puis Michel Alibo, Etienne Mfbappé, Marc Périer, Marc Berthaux qui
joue actuellement avec Tania Maria. Cfest vrai que le couple basse-batterie
doit être vraiment indissociable. Moi, ce que jfattends dfun bassiste, cfest
qufil soit le lien, le trait dfunion entre la rythmique et lfharmonie. Pour
cela, il se doit dfécouter en priorité la rythmique, en lfoccurrence la
batterie, et lfharmonie. En fait, je dirai qufil doit être les deux à la
fois... Là est son rôle !
Comment abordes-tu un cours ?
Cela dépend, bien sûr, du niveau de lfélève.
En général, jfaxe mon travail sur ses lacunes. Dans un premier temps, jfaborde
le travail des rudiments et lfindépendance... À la maison, je demande que tout
travail se fasse au métronome. Il est clair qufun batteur se doit de travailler
au métronome. Jfinsiste sur le fait que tout travail sfeffectue avec un click,
ce qui permettra à lfélève dfavoir une bonne assise et un tempo infaillible. Le
métronome, cfest hyper important. On dort avec ! En ce qui concerne les
rudiments, je privilégie le roulement, les moulins, le fla, les buzzs à la
caisse claire.
Le métronome est pour toi comme une eseconde
peauf. As-tu une approche particulière pour travailler le tempo ?
En master class, jfen parle souvent. Jfai une
technique que jfemploie depuis longtemps. Par exemple, je commence à jouer à
cent à la noire. Je prends un groove basique que je tiens dix minutes. Au bout
de dix minutes, quand je me sens bien à lfaise, je commence progressivement à
descendre de deux points en deux points, donc 98, 96... mais en conservant
toujours le même esprit du groove. Normalement, au bout de dix minutes, les
muscles sont bien chauds et lfon a tendance à vouloir augmenter le tempo. Hé
bien non, je fais le travail inverse du rythme naturel de lfhorloge interne !
Cette façon de faire permet de travailler le tempo et dfavoir une bonne assise.
Avec un chanteur, il arrive souvent que celui-ci ait envie de changer de tempo
et de prendre deux, voire quatre points en moins. La musique ne doit pas
changer pour lui. Donc, pour le batteur, il est essentiel de garder le même
feeling. Notre travail consiste à ne pas dénaturer la musique tout simplement
parce que le tempo est plus lent.
On parle de groove. Quelle est ta définition
du groove ?
Le groove est un rythme, un pattern qui
eswingf. Quand on le joue, il doit automatiquement avoir le pouvoir de faire
danser, de faire bouger les gens... Je dirai que le groove est un pattern qui
doit faire danser ou bouger au minimum la tête !
Quels sont les artistes avec lesquels tu
aimerais jouer ?
Il y a une myriade de gens que jfaime
musicalement. Sur le plan mélodique, je trouve super ce que fait Calogéro,
Gérald de Palmas, Beyonce, Prince, Herbie Hancock...
Parle-nous de lfambiance de lfenregistrement
de la Nouvelle Star...
Superbe ambiance ! Lfenregi-strement se
fait sur trois jours. Lfémission a lieu le mercredi soir en direct. Le lundi,
nous découvrons les morceaux et répétons sans les candidats. Donc, déchiffrage
avant toute chosec Mardi, nous répétons avec les candidats. Mercredi matin,
répétition avec toute lféquipe du plateau (caméras, lumière...) et en début
dfaprès-midi, filage de lfémission pour le soir...
Quel matériel emploies-tu sur le plateau de la
Nouvelle Star ?
Je suis endorsé DW. Jfai un modèle Satin Oil,
configuration 10h 12h 14h 16h. Parfois, pour le prime, je supprime le 14h. Jfai
une grosse-caisse de 22h, une caisse claire 14x5 DW Edge qui est un mélange de
bois et dfacier qui esonne dfenferf, et une caisse claire piccolo. Jfai des
cymbales Sabian (Endorsement aussi) : une crash, deux rides, une splash.
Jfutilise mon modèle de baguettes Pro-Orca et des percussions Meinl.
Tu parlais de déchiffrage. Lire la musique,
est-ce utile pour un batteur qui veut faire le métier ?
Oui, cfest important et cela mfa beaucoup
aidé. Dernièrement, jfai fait un big band et le fait de lire mfa permis de
placer les epêchesf immédiatement... Cfest comme lire un livre, on a tout de
suite plus de liberté car cfest plus visuel, plus clair, et dfemblée, on est
plongé au cœur de lfaction. Jfai un exemple qui me concerne : quand je
travaillais Dave Weckl, jfécoutais la cassette et jfessayais de reproduire ce
qufil jouait. Mais quand jfai lu ce qufil faisait dans sa méthode, alors jfai
mieux compris réellement ce qufil voulait faire. Tout est devenu limpide.
Notamment au niveau des doigtés et dans sa manière de penser. Jfai mieux compris
en lisant qufen essayant de reproduire dforeille. Indubitablement, lire la
musique est important !
La pratique au sein dfun groupe (trio, big
band, orchestre dfharmonie dfune école de musiquec) est vivement conseillée.
Quels sont les aspects positifs de cette pratique dforchestre, dès le début des
études, pour un jeune élève ?
Nous sommes dfaccord sur le fait qufil faut
faire ses exercices et mettre en pratique tout ce qufon a appris à lfécole. Et
cela passe par la pratique au sein de lforchestre. Jouer au sein dfun groupe,
cfest tout simplement faire de la musique ! Pour ma part, jfai fait énormément
de progrès lorsque jfai commencé, car jfécoutais les conseils de tous les
autres musiciens du groupe. Parfois, il mfarrivait de vouloir jouer tout ce que
jfavais appris, alors on me di-sait : « Non, gardes-en sous le pied, lorsque
viendra ton solo de batte-rie alors OK, exprime-toi, on tfécoute ! ». Le
travail de son instrument, cfest à la maison, mais faire de la musique, cfest
au sein dfun groupe !
Ressens-tu le stress ?
Le stress nfest pas quelque chose qui va
vraiment mfempêcher de jouer. Jfai parfois une certaine appréhension car on a
toujours envie de bien faire... Oui, je ressens le stress.
Fort de ton expérience du studio, quels conseils donnes-tu aux élèves
batteurs qui désirent se lancer dans cette aventure ?
Le studio demande énormément de concentration.
La fatigue sfinstalle au bout de trois heures de séance. Il faut aller très
vite. Pendant la répétition, on joue calmement, sans mettre trop dfénergie...
Mais au moment où lfon dit : « OK, ça tourne, on va la prendre », alors à
cet instant, il faut être très efficace et donner le meilleur de soi-même. Je
reviens sur un point important qui est celui de travailler au click car à 99
pour 100, il y a un click pour le tempo, les séquences. En amont, il faut être
très à lfaise avec le click pour éviter tout problème en séance. Un dernier
point, il faut avoir du matériel top, de qualité. Si on sait qufon va faire du
studio, cela vaut le coup dfinvestir !
Tu es spécialisé dans les rythmes caribéens.
Raconte nous la fantastique histoire de ta méthode, Les plus grands rythmes
caribéens.
En fait, ce recueil est en rapport avec mes
origines antillaises. Je jouais dans lforchestre antillais de mes parents. Mon
père mfapprenait ces rythmes mais oralement. Il me les chantait ! En parallèle,
je prenais des cours et travaillais les rythmes rock, blues, shuffles... Mais
rien nfétait écrit pour les rythmes antillais. Je me suis dit : « Tiens, cela
serait bien de transcrire ces rythmes...». Avec Mario Canonge, Sakésho, je joue
du jazz caribéen. Après les concerts, on vient me voir pour me demander comment
on joue tel rythme, ou si des dvd ou méthodes propres à ces rythmes étaient
disponibles. Un soir, en Suisse, Billy Cobham est venu me voir. Il était
émerveillé par mon jeu. Lfidée dfécrire cette méthode a finalement germé...
Avec le temps, et fort de mon expérience et de mes voyages aux Caraïbes, ce
recueil a vu le jour !
As-tu des hobbies ?
Jfaime bien lfinformatique. Je suis un grand
passionné de tout ce qui concerne la technologie...
Jfaime beaucoup lire. Jfai lu le Da Vinci Code
de Dan Brown pour le divertissement, le suspens..., toute la série Des fourmis
de Bernard Werber, Chronique des sept misères de Patrick Chamoiseau... Je ne
peux pas me passer de lfordinateur et de la lecture !
Quels sont les batteurs qui tfont le plus
influencé ?
Paco Séry qui est un incroyable batteur, mais
aussi Mokhtar Samba, André Ceccarelli, Manu Katché, Christophe Deschamps, Steve
Gadd, Dave Weckl, Vinnie Colaiuta, Jack Dejohnette...
Tu viens de citer Manu Katché... Tes impressions ?
Cfest quelqufun de très cool ! Humainement et
musicalement, je lfadore. Cfest la première personne qui a préfacé ma
méthode...
Quels sont les batteurs de la toute nouvelle
génération qui tfinspirent le plus ?
Il y a des jeunes batteurs qui ont une autre
manière de penser. Comme, par exemple, Damien Schmitt qui possède à la fois un
jeu original et une incroyable technique. De même que Reda Samba, Yohan Schmidt.
Les jeunes qui arrivent nfécoutent pas la même musique que nous, ils ont un
côté plus hip-hop, RfnfBf. Ils ont la technique pour jouer très vite, mais, en
même temps, ils possèdent un jeu moderne avec une autre manière de penser les
breaks. Il y a de la fraîcheur chez eux. Fatalement, il y a une évolution qui
se produit avec ces jeunes.
Revenons à la Nouvelle Star. As-tu une préparation spécifique avant les séances ?
Absolument aucune préparation. Il faut lire !
Après la première répétition, jfaime bien écouter les originaux de manière à
coller ensuite au maximum aux originaux.
Tu parles dforiginaux. Quels sont les albums
qui tfont marqué le plus ?
Une kyrielle ! Je pense aux albums de
Weather Report, Donald Fagen, Prince, Michael Jackson...
Tu donnes des masters classes. Parle-nous de
ces évènements.
Je divise la master class en deux séances. Je
commence par parler du réglage de la batterie, de la technique, des rudiments
de base, du tempo, du métierc En deuxième partie, je fais un voyage au cœur des
îles avec mon livre que je raconte musicalement.
Comment as-tu été recruté pour être le batteur de la Nouvelle Star ?
Dans le milieu de la variété, lfinfluence et les rencontres
sont déterminantes et jouent un rôle primordial. Remontons
le temps dfune quinzaine dfannées. à lfépoque,
je tournais avec Julien Clerc. Olivier Schulteiss sfoccupait des cordes.
Nous sommes devenus amis. Nous nous sommes perdus de vue. Récemment,
un soir, au cours dfun dîner, je rencontre à nouveau Olivier
qui est le chef dforchestre de la Nouvelle Star... Il me propose dfintégrer
lféquipe.
Et me voilà parti pour cette aventure !
Ton planning des prochains mois ?
En juillet, je joue à La Rochelle pour les
Francofolies dans le cadre dfun projet qui sfappelle e9 semaines et 1 jourf
pour accompagner des chanteurs venant des DOM-TOM. En fait, cfest un concours
organisé par la chaîne RFO. Le 23 juillet, je serai au Festival de Nice avec
mon quartet Sakésho composé de Michel Alibo à la basse, Mario Canonge au piano
et Andy Narell au steel pan...
Merci à toi, Jean-Philippe, pour ta disponibilité. À toi, le mot de la fin
!
Il sera pour les élèves... Il faut
travailler ! Là est le secret !
Aux USA, dans les écoles, les universités, il
y a une phrase que jfadore et qui dit : « Work makes talent ! ». Méditez-la !
Bernard Zielinski
Jean-Philippe Fanfant
Contacts :www.jeanphilippefanfant.com
www.myspace.com/jeanphilippefanfant
Les plus grands rythmes caribéens, chez
Hit-Diffusion.
Tél.: 01 46 32 09 09.
Email : hitjp@club-internet.fr
www.editions-hit-diffusion.fr
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