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Henri Dutilleux, membre d'honneur de la CMF

présenté par Guy Dangain...



Henri Dutilleux et Simon Rattle à Berlin 2003


D'une exceptionnelle qualité, lfœuvre dfHenri Dutilleux a toujours fait l'unanimité. Son langage très personnel se caractérise par une grande souplesse rythmique et mélodique. Il sfappuie sur une instrumentation raffinée et subtile. Reflet dfune profonde vérité intérieure, elle allie poésie et imagination.



Dans quel univers avez-vous grandi ?

Dans le Nord de la France, cfest à Douai que jfai suivi mon apprentissage musical, sous la férule dfun musicien extrêmement sensible, Victor Gallois, directeur du Conservatoire. Cfétait en 1919, juste après la guerre. Dans cette ville mutilée, la musique était un refuge. Elle mfouvrait la vie sur des choses encourageantes. Très tôt jfai joué le piano. Jfavais besoin dfun instrument polyphonique et déjà sur le clavier, jfessayais de reproduire les sons du beffroi de Douai, ville musicienne qui a toujours suscité de nombreuses vocations. Dans lforchestre des concerts populaires, jfy ai souvent tenu les parties de percussion et parfois même les timbales dans le répertoire classique.


Puis vos études à Paris ?

Je nfai quitté ma ville natale pour Paris qufà lfâge de 15 ans. Je suis rentré dans les classes dfécritures du Conservatoire de Paris où mon parcours sfest déroulé entre 1932 et 1938.
Jfaurais pu y rester plus longtemps si je nfavais pas obtenu le Prix de Rome.
Je pense encore souvent aujourdfhui que jfaurais pu approfondir plus largement mes connaissances au Conservatoire notamment auprès de personnalités comme Maurice Emmanuel (ami de Debussy) Jean et Noël Gallon, Henri Busser.


Et lfenseignement...

Jfai accepté en 1961 de donner des cours de composition à lfécole normale de musique de Paris à lfinvitation dfAlfred Cortot, puis en 1970 au Conservatoire de Paris.


Mais peut-on parler dfenseignement de la composition ?

Igor Stravinsky nfa jamais vraiment enseigné, mais en publiant Poétique musicale, il nous a livré un magistral cours de composition. Aussi, lorsque je me rendais au festival de Tanglewood à lfinvitation de Seiji Ozawa, je concevais les cours comme des erencontresf.


Pour lfimmense compositeur que vous êtes, comment se déroule une journée ?


Il me faut être à mon studio chaque matin pendant quatre bonnes heures. Comme tous ceux qui créent, romanciers, peintres, etc., jfaime écrire, car ces moments de bonheur, où lfon a la certitude de les trouver, sont exaltants. Cela nfarrive pas sur commande. On peut attendre longtemps pour les vivre. Je pense souvent à lfétrange formule de Baudelaire « De la force progressive et accumulative du travail et de la nécessité de sa quotidienneté ».


Parlez-nous de la musique en France...

Je déplore qufen France, la musique dite classique passe après tout le reste, comme si elle nfétait pas du domaine culturel. Quel contraste avec lfétranger ! Voyez la grande presse et constatez à quel point lfespace dévolu à la musique a fondu dans nos quotidiens.


Aimez-vous la musique populaire, la chanson ?

Je reste un grand admirateur de Charles Trenet, je le trouvais génial, Brel, Brassens, Bécaud, Barbara, Gainsbourg, Aznavour, mais aussi Higelin, Souchon. Pour le jazz, Sarah Vaughan, Billie Holiday, Ella Fitzgerald. En revanche, je suis consterné par la médiocrité de la chanson française actuelle, par ces millions dfalbums imposés à grands coups de publicité.
Mais ne peut-on espérer une relève ?


Le monde musical vient de perdre lfune des plus grandes personnalités de notre temps, Mstislav Rostropovich...

Je suis profondément attristé. Pour moi ce grand artiste était de ces êtres hors du commun avec lesquels on ne peut entreprendre que de grandes choses et cela dans un sentiment de passion, dfexaltation, ressenti dès la première rencontre. Je dois à la confiance qufil me fit dfavoir pu écrire pour lui Tout un monde lointain et, dix ans plus tard, Timbres, espace et mouvement pour le National Symphony de Washington.


Portrait

Henri Dutilleux est membre de lfAcadémie royale de Belgique (1973), de lfAcadémie Sainte-Cécile de Rome (1993), de la Royal Academy of Music de Londres et de lfAcadémie bavaroise de Munich (1996). Il a été en résidence au Festival de Tanglewood en 1995, a été invité à la Julliard School de New York et à lfAcadémie Sibelius dfHelsinki.


Il reçoit le Grand Prix national de la musique en 1967, le grand Prix du disque de Montreux en 1983, le prix Ravel en 1987, le Prix international de la critique musicale en 1999 et surtout le Prix Praemium Imperiale au Japon en 1994, ainsi que le prix Ernst-von-Siemens (le Nobel de la musique) le 29 janvier 2005, après Olivier Messiaen et Pierre Boulez.





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