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Emmanuel Krivine, membre d'honneur de la CMF

présenté par Guy Dangain...




En 1999, Emmanuel Krivine quitte l'Orchestre national de Lyon où il fait des prodiges, tout en menant une brillante carrière internationale. Il s'est frotté aux plus grands orchestres. Les meilleures solistes jouent avec lui. Peut-être trouvent-ils auprès de ce chef la compréhension délicate et attentive qu'ils recherchent. Emmanuel Krivine, il est vrai, fut d'abord un brillant violoniste. Premier prix du Conservatoire de Paris à seize ans. Le destin a choisi pour lui : en 1981, à la suite dfun accident de voiture, il dut abandonner le violon. Mais la direction d'orchestre habitait déjà ce musicien fougueux devenu enfin serein.

L'égo du chef doit s'effacer devant la musique

Emmanuel Krivine est la vie en mouvement. Son appétit et sa curiosité n'ont pas de limites. Tout l'intéresse : la politique, la gastronomie, le vin et, par-dessus tout, la musique. Il entretient avec elle une relation passionnelle. Sa réputation d'exigence n'est que le reflet d'une ambition noble : s'effacer devant la musique et ne jamais céder aux facilités de la séduction. Il n'est rien de plus beau que cette conception-là, car elle donne naissance à une musique dans laquelle résonne l'authenticité.

Le métier de chef d'orchestre est vraiment le plus singulier et le plus paradoxal qui soit : vous tournez le dos au public que vous cherchez à séduire. Comment vivez-vous cette situation ?

Je vais vous surprendre, mais le rôle du chef dforchestre nfest pas de séduire, ni dfêtre vu. Il est seul avec la Musique. Comme lforganiste dans une église, il nfest qufun officiant. Le fait de tourner le dos au public et de ne regarder que lforchestre rend, en principe toute démagogie impossible. Nous ne sommes là ni pour plaire, ni pour chercher à plaire. Le chef doit disparaître et son ego sfeffacer devant la musique.

Le chef d'orchestre, c'est d'abord un musicien parmi d'autres musiciens.

Il a face à lui des gens très différents qufil doit fédérer. Cfest lui qui décide de la conception musicale de lfœuvre jouée. Il emmène lforchestre. Jfaime bien cette image, vous savez de lfhomme qui hale un bateau le long de la rive. Çà cfest le rôle du chef dforchestre, amener les musiciens à jouer ce qufil imagine, en le suggérant par une sorte de chorégraphie musicale.

J'imagine qu'on éprouve, quand on y parvient, un réel sentiment de puissance...

Croire qu'on est alors maître, le Maestro, relève du pur fantasme. Vous savez, le spectateur projette beaucoup sur le chef et passe à côté de la réalité. Le concert, cfest vrai, devient magie quand le public voit ce que le chef veut décrire. Mais le chef ne doit jamais sfidentifier à cette magie là.


Pourquoi ?

Parce que le chef dforchestre, cfest dfabord un musicien parmi dfautres musiciens. Jfaime cette idée du chef musicien. Cfest en tout cas ce que je veux être.

Le rôle du compositeur ?

Le vrai représentant musical de Dieu, cfest le compositeur.

Je lfappelle « le robinet en or ». Le compositeur, cfest la source. Sans source, le sourcier ne sert à rien, qufil soit soliste, musicien dforchestre ou chef.

Quel est votre répertoire de prédilection ?

Il sfagit plutôt dfœuvres que de répertoire. Mais notre époque exige la polyvalence. Or nous savons tous, du moins je lfespère, que personne nfest réellement polyvalent. Il faudrait idéalement que chacun se consacre à ce qufil sait faire, mais qui en décidera ? Si le système eproduction-consommationf freine sa boulimie, nous, musiciens, pourrons choisir notre répertoire. Mais je crains que ce même système nfait pas le choix économiquement parlant. Il sfagit toujours du même problème : lfart face aux médias.

Vous avez lfœil pour la beauté et c'est un peu ce que je ressens quand j'écoute ce que vous faites musicalement !

Mais ce nfest pas ce que je recherche. La beauté est une qualité, un moyen pas un but. Dans lfart, le but est absolu. La musique est un des outils de la transcendance. Elle est un des éléments du beau, de lfidée du beau, une manière de lfexprimer. Nfétant pas beau moi-même et ne cherchant pas à lfêtre, la musique est pour moi une façon dfêtre dans le beau.

Entretiens avec Denis Jeambar et Rémy Franck,
extraits sélectionnés par Guy Dangain


Quelques repères...

Emmanuel Krivine est né à Grenoble en 1947 dfune mère polonaise et dfun père russe.

Il débute par lfétude du violon au Conservatoire de Paris où il obtient son premier prix à seize ans. Il se perfectionne ensuite auprès dfHenryk Szering et de Yehudi Menuhin.

Cfest en 1965, après une rencontre décisive avec le chef Karl Böhm à Salzbourg qufil abandonne lfarchet pour la baguette.

Dès lors, il engage une carrière internationale de chef dforchestre qui le conduit notamment à lfOrchestre philharmonique de Radio France de 1976 à 1983 en tant que chef invité permanent, puis à lfOrchestre national de Lyon de 1987 à 2000 et, en 2006, à lfOrchestre philharmonique du Luxembourg dont il est le directeur musical.



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