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Régine Crespin
hommage

par Jean Malraye...




Notre grande soprano Régine Crespin est morte le jeudi 5 juillet à quatre-vingts ans

Née à Marseille le 23 février 1927, elle sort en 49 du Conservatoire de Paris, où elle étudie le chant dans la classe du ténor Georges Jouatte, avec ses premiers prix de chant, opéra et opéra comique. Cfest au Théâtre de Reims qufelle débute la même année dans le rôle de Charlotte de Werther. Les lyriques nationaux lfengagent en 1951 et elle débute à lfOpéra dans le rôle dfElsa de Lohengrin et à lfOpéra Comique dans celui de Floria Tosca. Elle incarnera les grands personnages du répertoire dramatique : Desdémone dfOtello, Marguerite de Faust, la Maréchale du Chevalier à la Rose, Elisabeth de Tannhaüser, Amélia du Bal Masqué, Marina de Boris Godounov, Marguerite de la Damnation de Faust, Donna Anna de Don Giovanni, les Prieures de Dialogues des Carmélites, Didon des Troyens, la Gioconda, etc.

LfOpéra de Paris ne lui a pas toujours rendu justice, et en 1952 elle nfest pas réengagée. Elle y revient en 1955 et chante Desdémone dfOthello avec José Luccioni. Elle est lfune des rares cantatrices françaises à avoir été invitée à Bayreuth, elle y interprète Kundry de Parsifal grâce à la recommandation dfAndré Cluytens, puis Sieglinde et Brünhilde de La Walkyrie, sans jamais oser sfattaquer au rôle dfIsolde de Tristan. Bûcheuse, elle perfectionne sa connaissance de lfallemand avec son professeur Lou Bruder qufelle épousera,

Cfest en 1961 qufelle débute au Met de New York dans la Maréchale du Chevalier à la Rose, qui deviendra son rôle fétiche, où triomphe son art dfune interprétation profonde et sa maîtrise vocale qui lui permet les nuances les plus subtiles.

Elle triomphe sur toutes les grandes scènes : Vienne, Covent Garden de Londres, Salzbourg avec Karajan, Scala de Milan, Liceo de Barcelone, San Carlo de Lisbonne, Boston, San Francisco, Venise, Rome, Naples, etc.

Dans la fin de sa carrière, elle aborde des rôles de mezzo, et aussi dfopérette, comme La Grande Duchesse de Gérolstein, où son humour fait merveille. En 1976, elle devient professeur au Conservatoire national supérieur et prendra sa retraite en 1992.

Commandeur de la Légion dfHonneur, Grand Croix des Arts et Lettres, Elle est considérée comme une des meilleures ambassadrices de la musique de notre pays.

Elle laisse des témoignages enregistrés de premier ordre, à commencer par les Nuits dfété de Berlioz et Schéhérazade de Ravel avec Ansermet, chez Decca, où elle donne une magistrale leçon à la fois de technique vocale avec une superbe tenue du legato, dfintelligence, dfexpressivité, et par-dessus tout de diction, faisant entendre et comprendre chaque syllabe, chaque mot, chaque phrase. Leçon magistrale en effet que devraient sfimposer toutes ces sopranos qui éprouvent le besoin de toujours truquer les voyelles, mettre de lfo dans lfa, de lfu dans lfi, dfe dans lfé, etc., brouillant les pistes du discours, défaut particulièrement insupportable dans le répertoire de la mélodie française. Chez la Crespin, rien de tout cela : les mots à lfétat naturel. Superbement limpide, du cristal !

Elle a enregistré dfinnombrables disques. Citons les opéras français chez Véga, les opéras italiens chez Decca, Hérodiade (Salomé) avec Rita Goirr, Albert Lance et Michel Dens, direction Georges Prêtre chez EMI, plusieurs Damnation de Faust dont une chez Decca, en 64 Le Chevalier à la Rose avec Elisabeth Söderstrom et Hilde Gueden sous la direction de Varviso, également chez Decca, et chez EMI Les Troyens avec Prêtre, La Walkyrie (Brünhilde) avec Gundula Janowitz et Jon Vickers sous la baguette de Karajan en 66, un autre Chevalier à la Rose extraordinaire (avec Pavarotti et Solti). chez Decca en 69. Créatrice du rôle de Madame Lidoine du Dialogues des Carmélites, elle est de lfintégrale, enregistrement Voix de son Maître, dirigée par Dervaux en 58. Et beaucoup dfautres...

Elle a écrit LfAmour et la Vie dfune Femme et une deuxième version Régine Crespin à la scène, à la ville, belle leçon de culture et dfhumanisme, voire dfhumanité, à relire. Adieu Régine.





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