Grande dame de la musique française, Ida Gotkovsky a abordé
avec succès tous les genres musicaux. Le caractère et la
forme de ses œuvres lui ont valu de nombreux prix et une renommée
internationale.
L'œuvre entière d'Ida Gotkovsky est marquée par la force
créatrice et la rigueur qu'elle consacre à l'évolution
du patrimoine musical, aussi bien dans le domaine de la musique pour harmonie,
que dans le domaine symphonique.
Son inspiration : « L’œuvre que l'on écrit doit
se projeter à l'infini ».
Vos œuvres, à commencer par votre célèbre Poème du Feu, figurent au répertoire des orchestres d’harmonie. Vous êtes une grande référence pour tous les musiciens. Quel a été le cheminement qui vous a amené à composer pour orchestre d’harmonie ?
Ida Gotkovsky - Ayant vécu dans une famille de musiciens, j’ai toujours
entendu travailler la musique dans ses dimensions les plus profondes et
ses grandes rigueurs. Mes parents étaient des musiciens très
enthousiastes, très ouverts tant et si bien que j’ai eu la
chance d'être au contact de toutes les musiques, ce qui m’a
formé l’écoute, l’esprit et m’a ouvert
des horizons fantastiques. Plus tard, au Conservatoire national supérieur
de musique de Paris, j’ai fait la découverte de tous les instruments.
Nos professeurs et maîtres que j’admirais ne cessaient de nous
répéter « Allez donc entendre les sons de chaque instrument,
il ne s’agit pas de venir seulement dans les classes dont vous faites
partie mais aussi d’écouter les classes voisines ».
C’est vrai qu’avoir l’esprit curieux ne peut être
qu’un facteur d'enrichissement. Je suis donc allée dans toutes
les classes...
En quoi êtes-vous attachée à
l’orchestre d’harmonie ?
C'est un lien sacré. L'orchestre d'harmonie a ses lettres de noblesse,
mais il faut continuer à enrichir son répertoire.
Comment abordez-vous l’écriture d’une œuvre pour
cet orchestre ? Pensez-vous, comme Désiré Dondeyne,
qu’il faille connaître au préalable l'orchestre symphonique ?
Il a raison, c'est fondamental. Il y a cependant des parallèles
que l'on ne peut établir. Dans le domaine infini des couleurs, de
l’orchestration, on ne peut que trouver une instrumentation originale
et spécifique. Dans l’orchestre symphonique, la présence
des cordes permet des sonorités et une écriture très
particulière alors que l’orchestre d’harmonie nécessite
des recherches de timbres et des alliages très judicieux et spécifiques.
L'orchestre d’harmonie vous suggère-t-il une poétique particulière ou l'inspiration reste-t-elle libre ?
Oui, il me suggère une poétique particulière ce qui
enrichit le développement de l’inspiration. Les instruments
imposent leurs sonorités propres et faire des mélanges savants
de timbres est une science qu’il faut travailler fort longtemps.
On peut certes écrire pour tout, mais je préfère que
les couleurs soient uniques et irremplaçables. Rigueur, travail,
inspiration, construction, intuition sont les composantes de la création.
Il s’agit d’écrire une musique structurée accessible
et émouvante. C’est là le rôle du compositeur.
Comment avez-vous mené votre carrière de compositeur ?
Sur des bases solides, car nous jaillissons tous de nos racines, de notre
culture et avec un intérêt constant pour toutes les musiques.
J’aime le jazz, les musiques des autres continents, mais je ne les
intègre pas à mes œuvres : c’est un choix esthétique.
Le rapprochement ou la fusion de musiques différentes peuvent être
très heureux, mais pour ma part je ne les utilise pas.
On sait le lien privilégié que vous entretenez avec les orchestres
qui jouent vos œuvres. Comment cela se passe-t-il ?
J'aime travailler avec les musiciens. Je trouve très important de
les laisser s'exprimer avant de les écouter. J'interviens seulement
après, mais toujours avec générosité avec une
vue très large de l'œuvre. J’aime à leur donner
les grandes lignes générales. Face à des musiciens
enthousiastes tout est gagné d'avance. Le travail du compositeur
avec le chef d'orchestre est très intéressant, c'est aussi
une occasion de découvrir d'autres aspects de son œuvre. J'aime
participer à la préparation d'un concert, car je sais qu'il
y aura toujours une lumière nouvelle.
Les petites divisions, souvent, ne trouvent pas dans le
répertoire des œuvres qui leur correspondent. Etes-vous prête à composer pour elles ?
Il faut, bien sûr, écrire pour toutes les
formations et c’est au compositeur d’aller vers les musiciens.
J’admire la CMF pour le travail qu’elle fait auprès de la
pratique amateur et qui rend la musique accessible à tous.
(Extrait d’un entretien paru dans le Journal de la CMF, n°447)
Catalogue partiel des œuvres pour orchestre - Scherzo pour orchestre (1956). Symphonie pour cordes et percussions
(1957). Musique en couleur (1970). Jeu (1957). Escapades (1958). Jongleries
(1959). Funambules (1960). Concerto pour orchestre (1970). Poème
symphonique (1973). Variations pathétiques (1983); Symphonie de
Printemps (1984). Golden Symphonie (1991). Couleurs en musique (1992).
Or et Lumière (1992). Symphonie à la jeunesse (1993).
Œuvres pour orchestre et solistes - Concerto pour trompette (1960). Concerto pour saxophone (1966). Concerto
pour clarinette (1968). Variations concertantes pour basson (1972-1973).
Second concerto pour trompette (1974). Concerto pour deux violons (1971).
Concerto pour violoncelle (1977-1980). Concerto pour piano (1975). Concerto
pour trombone (1978). Concerto pour cor (1984).
Œuvres pour orchestre d'harmonie - Symphonie pour quatre-vingts instruments à vent (1960). Concerto
pour grand orchestre (1974). Concerto pour saxophone et grand orchestre
(1980). Poème du feu (1978). Symphonie pour orgue et orchestre d’harmonie
(1982). Symphonie de Printemps - les Saisons (1988). Songe d’une
nuit d’hiver (chœurs et instruments à vent, 1989). Le
chant de la forêt (1989). Danses rituelles (1988). Brillante Symphonie
(1988-1989). Oratorio olympique (chœurs et orchestre, 1991). Couleurs
en musique (1992).
Distinctions honorifiques - Premier Prix du Référendum Pasdeloup, 1956. Prix Lili
Boulanger, 1957. Prix Blumenthal, 1958. Prix international de Divonne-les-Bains,
1959. Médaille de la Ville de Paris,1963. Grand Prix musical de
la Ville de Paris, 1966. Membre du World Who’s Who of Women, 1973.
Membre du Who’s Who in Music, 1976-1980. Prix de l'Institut de France,
1988. Nomination de professeur de composition aux États-Unis, 1984.
Représente la France au Festival mondial de Musique à Moscou,
1984. Attribution de la Golden Rose (USA), 1985. Nomination dans The New
Grove Dictionary of Opera, 1986. Création de la Symphonie au Festival
international de Leningrad, 1988. Invitée d’honneur au Festival
international d’Uster (Suisse), 1989. Nomination à l’American
Biographical Institute (ABI) pour ‘Extraordinary Service to the Teaching
Profession’, 1990. Nomination de la vice-présidence de Wasbe
(France), 1990. Nomination par l’ABI : ‘Professional of the
Year in Education’, 1991. Nomination par l’ABI dans le International
Who’s Who of Professional and Business Women,1991. Prix de la Sacem,
1991.