Comme sideman, Manu Katché a joué, tourné, enregistré avec
les plus grands :Dire Straits,
Simple Minds, Tracy Chapman, Paul Young, Peter Gabriel, Sting, Joni Mitchell,
Laurent Voulzy, Francis Cabrel, Alain Souchon, Michel Jonasz… Comme leader au
sein du prestigieux label ECM, à son crédit deux albums : Neighborhood et
Playground…
De retour à Paris après une tournée européenne avec son
groupe, Manu reçoit la commission batterie des musiques actuelles de la CMF…
Bernard
Zielinski : Manu, merci de l’intérêt que tu portes au Journal de la CMF.
Remontons le temps. Au commencement
était la ville de Saint Maur des Fossés… Au CNR de Saint Maur, tu étudies la percussion avec Alain Jacquet de l’Orchestre de Paris. Que t’a-t-il apporté musicalement et humainement ?
Manu Katché : C’est un excellent pédagogue avec ce
souci permanent d’être à l’écoute de chaque élève. Musicalement, il m’a appris
tous les rudiments concernant les percussions classiques. Dans les années 70,
l’enseignement classique au conservatoire était hermétique, lui, il était
ouvert… Il avait une vision large de la musique, une vraie considération pour
le reste, ainsi que le développement de la personnalité.
En parallèle au
conservatoire, tu joues au sein de l’harmonie municipale de cette ville. Quel
est l’aspect positif de jouer jeune au sein d’une harmonie ?
M.K. : Au départ, c’est une bonne méthode pour apprendre à jouer ensemble…
En complément de la percussion,
tu étudies le piano. Pour un batteur, lire la musique, est-ce utile ?
M.K. : Lire la musique est un code qui forcément te permettra d’avoir
un apprentissage plus rapide. Mais c’est aussi une clé qui te permettra
d’aller plus loin dans l’échange musical…
Tes années lycée à
Marcellin Berthelot… Qu’écoutais-tu à cette époque ?
M.K. : Beaucoup de jazz, de soul, de fusion… Dans les
années 70, des artistes/groupes comme Weather Report, Chick Corea, Stevie
Wonder, Miles Davis, John Coltrane…
Tu as été jury de la Nouvelle Star. Plutôt que de parler des candidats,
si on parlait de l’orchestre. Que penses-tu de Jean-Philippe Fanfant et
de sa méthode des rythmes caribéens ?
M.K. : Jean-Philippe Fanfant est une personne très
sympa. Il est très bon dans tous les styles donc polyvalent. Concernant la
musique caribéenne, il sait de quoi il parle. Écrire une méthode des rythmes
caribéens est une très bonne idée et un vrai parti pris. Cela est peu commun en
France ; bravo à lui d’y avoir pensé car cette méthode donne une vision
plus précise de cette musique.
Parlons de ton album
Playground…Tu as tenu à mettre une photo de toi sur la pochette… Quelle en est
la raison ?
M.K. : Sur le label ECM, il y a rarement de photos sur
les albums… C’était le cas, mais au début des années 70. Je trouve que c’est un
plus pour quelqu’un qui ne connaît pas l’artiste : cela lui permet de
l’identifier.
Ton premier album
Neighborhood, tu l’as enregistré en Norvège ; pour Playground, tu changes
d’horizon, tu enregistres à New York… Des raisons particulières ?
M.K. : Mon groupe est formé de polonais et de
norvégiens… J’avais envie d’un lieu neutre pour nous tous… Et puis New York est
ou a été le berceau du jazz… S’imprégner de New York, puis ensuite se retrouver
en studio, jouer ensemble, cela permet forcément d’abreuver les émotions et
inconsciemment le vécu des mêmes sensations et images…
Comment as-tu recruté
les musiciens de Playground ?
M.K. : J’avais déjà travaillé avec Slawomir Kurkiewicz,
le contrebassiste, et Marcin Wasilewski, le pianiste. En accord avec le label
ECM, Trygve Seim a joué en remplacement de Jan Garbanek, juste après l’album
Neighborhood et m’a recommandé Mathias Eick, puisque Thomas Zstanko était
occupé avec ses propres tournées.
Tu aimes entendre tous
les thèmes que tu écris, à la double-croche près. D’où te vient l’inspiration
pour écrire ces thèmes ? Y a-t-il des choses qui te tiennent
particulièrement à cœur et dont tu éprouves le besoin de mettre en
musique ?
M.K. : Il n’y a pas de particularité... C’est un
ensemble. Nous vivons ; nous ressentons la vie... L’inspiration vient tout
naturellement de cet état de fait.
Tu as composé toutes
les musiques de Playground… Tu maîtrises la science des accords… Où as-tu
étudié cette discipline ?
M.K. : Au CNR de Saint Maur, j’ai étudié le piano, la
percussion. J’ai également étudié l’harmonie et le contrepoint, mais je ne
maîtrise pas cette discipline parfaitement… alors l’écriture, parfois, peut
s’avérer ardue !
Tu viens de terminer
une tournée européenne avec Playground. Au cœur du groupe, il y a une vie…
Raconte…
M.K. : J’ai tourné avec de bons musiciens. En dehors de
la musique, il y a l’humour, la bonne entente, pas vraiment de tension. Au jour
le jour, une évolution prend forme. C’est la vie qui suit son cours… On parle
de tout : philosophie, art, politique... La personnalité de chacun se dévoile
au fur et à mesure, tout cela dans une parfaite convivialité qui permet de
s’apprécier, et aussi qui permet à la musique que nous jouons d’être encore
plus cohérente dans son interprétation.
Tu emploies le terme
‘busy’. Peux-tu nous expliquer ce terme ?
M.K. : Je dirai que c’est une approche entre la
batterie et la percussion. Mettre une crash là où on ne l’attend pas. Décaler
un after-beat ou bien le jouer sur un tom basse plutôt que la caisse claire.
Faire un fill de toms là où normalement il n’y en a pas… À l’écoute, un jeu
plus “fourni”, “chargé”, qu’un pattern classique qui ac-compagne un morceau ou
une chanson.
Voir jouer un batteur
dans un club, s’asseoir près de lui, l’observer, est-ce une autre manière
d’apprendre ?
M.K. : C’est en fait un complément au cours donné par
le professeur. Plus proche du batteur, on peut juger, voir les rudiments
qu’il emploie, de quelle manière il
frappe sur sa batterie, sa position derrière les fûts, les nuances, ses
gimmicks favoris.
Tu donnes des masters
classes. La master classe est une source d’inspiration pour l’élève… As-tu une
préparation spécifique avec des thèmes ciblés pour ces rencontres ?
M.K. : Pour moi, la batterie n’est pas une compétition sportive. Je ne suis pas un fan des ‘machines techniques’. C’est le message prioritaire que je transmets aux élèves. Il faut être sensible avec son instrument car c’est avec lui qu’on va écrire, raconter une histoire. Il faut prendre plaisir à jouer un groove hyper
simple.
Des artistes comme Steve Gadd, Bernard Purdie, Jeff Porcaro
font ces choses-là extrêmement bien et avec le sourire aux lèvres… Je dis aux
élèves de ne pas chercher à jouer compliqué pour être compliqué et pour esbroufer.
Avant tout, il faut être musical… que cela passe par leur propre personnalité.
Quels sont tes
rudiments préférés ?
M.K. : J’aime bien le roulement et le paradiddle.
Tu as en projet une
école de batterie… Dis nous-en plus ?
M.K. : C’est compliqué à mettre en place car, bien sûr,
la question “finances et subventions” est primordiale. Ce sera une école
européenne basée à Paris, ouverte aux jeunes à partir de 12/13 ans, avec pour
objectif celui de développer les personnalités… Cette école permettra aux
batteurs de s’exprimer, ce qui inclut une approche musicale. Les faire évoluer
musicalement de manière à se rapprocher des autres musiciens, telle sera
l’essence de cette école.
Ta définition du
groove…
M.K. : C’est la communion entre tous les instrumentistes
sur un même pattern de batterie, de guitare ou autre… Tous les instrumentistes
sont à l’unisson, la pulsation est impeccable, donc confort musical et plaisir
de répéter à l’infini ce pattern.
Ta philosophie de la
musique implique que le batteur doit se mettre au service de la musique au même
titre que tout autre musicien. Peux-tu développer ?
M.K. : La batterie doit être partie intégrante de la musique et ne
doit absolument pas être un instrument de ‘cirque démonstratif’. La
notion de partage est essentielle, d’où la notion cruciale d’être à l’écoute
de la mélodie…
Tu as créé ton émission One Shot Not sur Arte où tu invites
les musiciens à jouer en live. Les futurs invités ?
M.K. : One Shot Not est diffusée tous les derniers samedis de chaque
mois, jusqu’en juin. Peter Gabriel, Sting, Lenny Kravitz, Robbie Williams, Ben Harper… sont invités.Ensuite,
le plus difficile reste l’emploi du temps de chacun pour pouvoir synchroniser
tout cela à mes jours de tournage…
As-tu des regrets dans
ton parcours artistique ?
M.K. : Pas vraiment ; peut-être un… j’aurais adoré
pouvoir jouer avec Miles Davis !
Ton occupation
préférée ?
M.K. : En dehors de la musique qui est ma passion, ma
vie de famille. J’essaie le plus possible d’être présent et bienveillant…
Ce que tu détestes
par-dessus tout ?
M.K. : La bêtise !
Ta principale
qualité ?
M.K. : Le perfectionnisme…
Ton principal
défaut ?
M.K. : Le perfectionnisme…
Ta fille étudie la
batterie. Interviens-tu ?
M.K. : Ma fille doit trouver elle-même sa voie ; je
n’interviens pas vraiment… Elle suit les conseils de son professeur. Si elle a une question à me poser concernant
la batterie, en toute évidence, je lui répondrai, mais je souhaite qu’elle
découvre elle-même le plaisir et les difficultés de cet instrument, ce qui lui permettra
de le maîtriser et de le gérer à sa manière, donc de développer son propre
style.
Pour conclure cet
entretien, quels conseils donnes-tu aux jeunes batteurs qui désirent s’engager
dans une carrière professionnelle ?
M.K. : Avoir confiance en eux ! Surmonter les
difficultés des différentes étapes de l’apprentissage… En deux mots :
travailler et faire preuve de patience !
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Concerts à venir :
Mars 2008 - Dijon (12), Vélizy (13), Lille (15), Quimper
(18), Saint Brieuc (20), Orthez (21), Aubagne (22).
Avril 2008 - Vesoul (3), Angoulême (4), Carcassonne (5),
Montélimar (8), Courbevoie (10), Monte-Carlo (22), Annecy (29), Bourg-en-Bresse
(30).
* Bernard Zielinski, membre de la commission musiques
actuelles de la CMF.
Aux éditions A. Leduc, co-auteur avec Michel
Nierenberger : Hommage à Pei pour caisse claire et piano ;
co-auteur avec Serge Luc : Du tambour à la caisse
claire ;
co-auteur avec Alain Bémer, Alain Dautricourt, Guy
Mauny : De la caisse claire à la batterie ;
co-auteur avec Jean-Pascal Rabié : Baroquisme, dix
études pour timbales ; Le labyrinthe des rudiments pour caisse claire ;
Les menottes pour batterie et piano.