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| L'Orchestre symphonique en concert en Chine |
Taiping Wang, violon solo de l’orchestre de Picardie encadre
depuis plusieurs années des orchestres français en tournée en Chine, notamment
dans le cadre des Eurochestries.Retour sur le dernier voyage en compagnie de Taiping Wang et Claude Révolte*.
Vous étiez en Chine pour les fêtes de fin d’année avec un
orchestre symphonique français, comment cette tournée a-t-elle été possible ?
Taiping Wang : Suite à la volonté de relancer la musique
classique inexistante pendant la durée de la révolution culturelle, vers la fin
des années 98 il y a eu une demande très
importante de musique symphonique et classique notamment pendant la
période de Nouvel An. J’ai donc commencé une première tournée en Chine en 2000
avec des musiciens professionnels.
Depuis, vous poursuivez...
T.W: En 2002,
j’encadrais alors de jeunes musiciens chinois invités au festival des Eurochestries et là j’ai fait la
connaissance de Claude Révolte et depuis organisons de nombreux échanges entre
les deux pays.
C’est à dire...
T.W: De nombreux
jeunes musiciens chinois ont pu venir en France notamment grâce aux Eurochestries et avec Claude nous avons pensé qu’il serait
intéressant de montrer la Chine aux musiciens français. Ce projet s’est
concrétisé avec une première tournée d’un orchestre d’harmonie dans le sud de
la Chine en 2005. À la fin de l’année 2007, nous sommes partis en Chine avec un
orchestre symphonique composé de musiciens venus de toute la France et nous
avons donné 8 concerts pendant notre séjour, soit pratiquement un concert par jour.
Quel répertoire a été choisi pour cette tournée ?
T.W: Nous avons joué
le répertoire viennois très apprécié du
public chinois en cette période festive et présenté en tant qu’orchestre
français des compositions françaises comme Carmen de Bizet, œuvre très prisée
Quel est le bilan de
la tournée ?
T.W: Musicalement le
résultat de cette tournée a été tout à fait satisfaisant, vu le peu de
répétitions et la différence de niveau des musiciens. J’ai pu constater leur
ambition. Techniquement ils peuvent tout jouer, mais ils manquent d’expérience.
Pour moi, il ne suffit pas de savoir
faire des notes, il faut savoir jouer avec les autres et pendant cette tournée,
j’ai souvent du rappeler des détails importants. C’est pour cette raison que la
session d’orchestre de cet été mise en place par la CMF, est
plus que nécessaire. En effet toute pratique d’ensemble que ce soit en duo,
trio... ou en orchestre symphonique est très bénéfique même si plus tard le
jeune musicien ne poursuit pas une carrière professionnelle.
Que demande-t-on à un musiciend’orchestre ?
T.W: Il faut savoir
« taper » ensemble pour entendre un seul instrument et former un unisson ;
on demande aussi au musicien d’orchestre
d’effacer sa personnalité. C’est un peu contradictoire avec le développement
personnel du musicien, mais cela ne dérange pas puisque c’est un travail
complémentaire au travail individuel qui lui, reste nécessaire pour progresser
ou maintenir son niveau. De plus jouer dans un orchestre apporte de nombreuses
réponses aux questions concernant le style.
La pratique d’orchestre est utile...
T.W: Être musicien
d’orchestre permet de rencontrer de nombreux chefs, des solistes, de connaître
différentes interprétations et la méthode pour y arriver. C’est pour cela que
je pense qu’il est important de participer à une session d’orchestre. Par ailleurs la pratique collective permet
d’acquérir cet esprit d’unité dans l’orchestre. En un mot :
l’expérience.
Et puis jouer tout seul, comme les pianistes (rassurez-vous, j’aime bien les pianistes)
peut être une qualité, mais aussi un “défaut”
quand je pense au nombre infime de solistes par rapport à l’ensemble des musiciens.
Claude Révolte : on remarque parfois à l’orchestre que
certains musiciens pensent comme des solistes et ne donnent pas une harmonie
parfaite. Il est alors nécessaire de
rappeler certains détails comme le rythme, la pulsation et l’écoute pour poser
le chant ensemble, technique acquise
dans les pays de l’Est ou en Asie car les enfants ont une pratique d’orchestre
dès leur plus jeune âge.
Comment s’organise l’enseignement musical en Chine ?
T.W: Les jeunes
chinois ont une journée de travail scolaire chargée. Ils doivent se lever tôt
pour aller à l’école, étudier toute la journée et poursuivre le soir avec les
devoirs. Malgré cet emploi du temps bien rempli, l’élève musicien doit
pratiquer son instrument 1 à 2 heures par jour. L’enseignement instrumental se
fait auprès d’un professeur particulier et la pratique d’ensemble a lieu dans les écoles, collèges et lycées. Ainsi un enfant
peut travailler en orchestre dès l’âge de 8 ans. Le secret de la réussite est
donc dans le travail et l’investissement de soi.
Qui encadre les musiciens ?
T.W: Une grande
partie des professeurs ont fait leurs études à l’étranger puis retournent
enseigner en Chine. De même pour les compositeurs, la plupart ont été formé à
l’étranger. On peut écouter de nombreuses œuvres symphoniques, mais qui ne
dépassent pas les frontières. Certaines
ont une valeur mondiale mais le marché de la culture chinoise ne s’est pas
encore développé.
Quelle est la curiosité des étudiants chinois qui viennent
en France ?
T.W: Les chinois comme les Japonais et Coréens ont accès à de nombreuses méthodes
pour acquérir les techniques, mais ils ont un problème au niveau du style
: ils ont tendance à jouer tout de la même façon. Ces musiques ne font
pas partie de leur culture. De plus, pendant la révolution culturelle,
il y a eu peu de chose et je pense que les jeunes musiciens ont intérêt
à venir en Europe pour enrichir leur connaissance, approfondir leur art.
Ici il y a la terre pour apprendre la musique, les arts et enrichir sa
culture générale.
Parlez-nous de vous...
T.W: Je suis le
violon solo de l’orchestre de Picardie depuis 1989. L’orchestre est de type
Mozart et nous avons accès à tout le répertoire. L’ensemble a une mission sur
le territoire picard, mais cela ne nous empêche pas de faire des tournées dans
beaucoup de pays d’Europe et nous nous sommes rendus deux fois en Chine.
L’orchestre marche très bien.
Vous êtes soliste leader...
T.W: Être leader est
un autre aspect du travail de soliste. Je suis amené à
diriger l’orchestre, souvent en petite formation et limitée aux cordes. Jouer
sans chef donne le plaisir d’avoir la concentration de tous les musiciens. Tout
le monde est obligé d’avoir un œil sur le leader, un autre œil sur la partition
et les oreilles doivent fonctionner dans tous les sens pour suivre le
mouvement.
Vous aimez aussi diriger des grandes formations...
T.W: Je trouve
qu’avec mon violon, je n’arrive pas à exprimer tout ce que je veux. Cela se
limite aux cordes et si je veux accéder aux vents, la direction est le seul
moyen. Depuis quelques années, je fais travailler l’orchestre symphonique de
Zhengzhou et c’est un réel plaisir de voir l’évolution après quelques
répétitions.
Vous avez fondé un duo...
T.W: Je joue en duo
avec mon épouse Yuan Yuan Li au piano et en trio avec
une violoncelliste. Nous avons un répertoire classique et romantique que nous
jouons avec plaisir et le public apprécie beaucoup. Par ailleurs ma femme
s’occupe de l’association Golden Palm
qui a pour vocation d’organiser des échanges entre la France et la Chine en
direction des chœurs, groupes folkloriques et orchestres...
Vos projets ?
T.W: En juillet je
serais présent aux Eurochestries et à l’orchestre symphonique de la CMF en
tant qu’encadrant pour les violons et altos. En août, je serai
probablement en Chine dans une région assez fermée où les musiciens ont soif de
s’enrichir de nouvelles idées.
Claude Révolte : La session d’orchestre symphonique estivale
organisée par la CMF aura lieu du 19 au 27 juillet. Placée
sous la direction de Philippe Nahon,
elle permettra de faire se croiser les musiciens et c’est dans l’échange
que les choses pourront évoluer.
Propos recueillis Christine Bergna
*Claude Révolte est directeur des Eurochestries
et responsable de la commission orchestre symphonique de la CMF
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